Envoûtant
On comprend le guitariste Yves Desrosiers d’avoir succombé à la voix de Lhasa de Sela la première fois qu’il l’a entendue chanter en espagnol. Sa façon de mordre dans les mots, de faire vibrer ce qui lui prenait au ventre et de souffler sur les braises d’un amour déchirant avait quelque chose de saisissant. First Recordings, qui rassemble des morceaux enregistrés en 1994, alors que le guitariste et la chanteuse apprenaient toujours à dialoguer ensemble sur le plan musical, ramène à ce que le chant de Lhasa avait de plus brut et de plus touchant. On s’attarde inévitablement à sa voix en découvrant cette douzaine de chansons. Or, l’envoûtement ne serait pas complet sans le jeu tout aussi intense mais délicat et très habité du guitariste, qui se découvrait lui-même hors des sentiers battus du rock. Simplement magnifique.
Alexandre Vigneault, La Presse
Musiques du monde
First Recordings
Lhasa de Sela et Yves Desrosiers
Audiogram
Comme seul The Cure peut sonner
Au cœur de cette époque anxiogène, rien n’est plus rassurant que d’apprendre que Robert Smith n’est pas encore parvenu à soigner sa mélancolie. Il nous l’avait promis et la voici : Alone, sa première nouvelle chanson en 16 ans, une obsédante ode à la fin de l’amour, du monde et de toutes les musiques, avec des oiseaux qui tombent du ciel et des tapis volants de claviers éthérés pour nous transporter en sécurité. Près de sept minutes durant lesquelles The Cure sonne comme seul The Cure peut sonner, sans pour autant s’autoparodier. Songs of a Lost World, l’album en entier ? C’est à temps pour le mois des morts, le 1er novembre, qu’il doit arriver. Voilà ce qu’on appelle avoir le sens du calendrier.
Dominic Tardif, La Presse
Rock gothique
Alone
The Cure
Universal Music Canada
Un retour acoustique pour Bon Iver
Une nouvelle ère vient de débuter pour Bon Iver avec la parution du premier extrait (SPEYSIDE) d’un nouveau mini-album (SABLE). Il s’agit de la première chanson de Justin Vernon depuis 2020, lorsqu’il avait sorti AUATC, une pièce aux airs gospels, menée par le piano et une voix ultramodifiée. Silence total ensuite, mais voilà que SPEYSIDE nous arrive : le morceau, acoustique et épuré, agrémenté d’une orchestration discrète de cordes, laisse aller la voix de Vernon de son ton grave et profond à sa voix de tête si singulière. Décrite sur le site internet de l’auteur-compositeur-interprète comme une lettre d’excuses pour certaines personnes que l’artiste a aimées et blessées, la chanson s’éloigne des prouesses maximalistes des albums précédents et replonge dans la sensibilité brute du Bon Iver des débuts.
Marissa Groguhé, La Presse
Folk
SPEYSIDE
Bon Iver
Jagjaguwar
La vérité toute crue de Dany Placard
« J’espère chaque jour, tranquillement j’espère ». On sent le temps qui passe dans Avoir su, 15e album de Dany Placard qui est traversé par la solitude et le deuil, mais aussi l’espoir. Les saisons filent lentement, il a hâte de retrouver sa blonde au NB, s’ennuie de sa chienne Stormy, sa meilleure amie. Il faut avoir écrit beaucoup de chansons pour arriver à une telle vérité dans la simplicité, à être aussi cru sans misérabilisme, à chanter des ballades country déchirantes sans perdre son humour. « Mes bottes prennent un peu l’eau chérie/Mais je suis pas trop mal pris/Y’a des affaires pires que ça dans vie » : Dany Placard a le sens du détail et de l’universel, nous écorche et nous berce, et ça fait du bien.
Josée Lapointe, La Presse
Extrait Avoir su, Dany Placard
Folk
Avoir su
Dany Placard
Costume Records
Avant le purgatoire
Chorale d’enfants en ouverture clamant la perdition de l’Homme, alors que les vivants et les morts trouvent refuge à L’auberge des morts subites — merci, Félix Leclerc. Pour ses premiers pas en formule solo, David Bujold, leader de la formation rock stoner Fuudge, laisse de côté les guitares distorsionnées et la batterie lourde pour faire place à des arrangements classiques (violon, alto, piano…). Cette forme folk orchestrée, vaporeuse, voire de chambre – pensez à Harmonium, Elliott Smith et Beck, période Sea Change –, permet l’écoute des textes de ce parolier hors pair, qui nous jase de repenti, d’amour inconditionnel et des belles personnes rencontrées sur le sombre chemin de la vie. Parce qu’avant l’arrivée au purgatoire, il faut bien vivre un peu.
Philippe Beauchemin, La Presse
Extrait de Ton cœur a pu une cenne, David Bujold
Folk de chambre
Le sol ou le ciel
David Bujold
FolivoraRecords
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