Exposition: Posy Simmonds la reine du roman graphique

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CRITIQUE – La Bibliothèque publique d’information présente la première rétrospective de la dessinatrice anglaise. Occasion de suivre le parcours riche et varié de cette artiste qui a adapté avec beaucoup de fraîcheur les romans de Gustave Flaubert ou de Thomas Hardy.

C’est la plus littéraire des «cartoonistes» britanniques. En France on dit volontiers de Posy Simmonds qu’elle est une Sempé à l’humour anglais. Posy, 78 ans, est pour l’heure ravie de retrouver le chemin des bibliothèques étudiantes, en l’occurrence la BPI au Centre Pompidou où une rétrospective couronne plus de cinquante ans de carrière comme dessinatrice de presse et auteur de livres graphiques. «Je fais encore ce que j’aimais faire à 9 ans: créer des bandes dessinées», dit-elle. On a encadré ses dessins de jeunesse, ce qui la fait sourire. «Les commissaires du Centre Pompidou ont choisi chez moi ce qu’ils voulaient exposer. Je n’aimais pas forcément tout mais j’ai redécouvert des choses anciennes que j’avais oubliées. Pour moi, cela reste des dessins de travail. D’ailleurs, sur certains, on voit les traces de doigt de l’éditeur ou le rond de la tasse à café…»

L’un d’eux est un autoportrait au crayon qui la représente avec un foulard autour de la tête, la vision d’une jeune femme au look de Margaret Thatcher. «J’avais 17 ans et je débarquais à Paris, de la campagne près de Londres, vêtue de tweed, pour suivre des études à la Sorbonne. Je n’avais pas l’habitude de la ville. J’étais même effrayée et en même temps tout était nouveau. J’aimais tout: l’odeur du gaz, du café et des huîtres. Plutôt que d’aller en cours je visitais Paris, le Jeu de paume, le Louvre, les grands magasins. Quelques mois plus tard, je suis rentrée chez moi, en ballerines et minijupe avec de l’eye-liner. “Yé gods”, m’a dit ma grand-mère affolée par tout ce noir, la couleur du deuil!»

De ce séjour parisien, outre une certaine élégance, Posy Simmonds a notamment gardé l’amour de la langue française, qu’elle maîtrise parfaitement.

«Montrer la vie des gens»

La rétrospective retrace le parcours d’une Anglaise biberonnée au magazine Punch, qu’elle regardait dès 3 ans sans forcément comprendre ce qu’elle lisait. À 8 ans, son père lui offre pour Noël une rame d’un papier blanc, superbe et épais. «Il l’avait cachée dans un tiroir et l’avait entourée d’un nœud. Cette rame m’a fait une grande partie de mes dessins d’enfant.» Son premier dessin de presse sera une commande du Times alors qu’elle tire le diable par la queue. Mais c’est le Guardian qui lui apportera la stabilité puis le succès, avec une contribution quotidienne dans les pages féminines. Le grand journal de la gauche libérale britannique fut considéré comme précurseur sur le sujet mais aussi raillé pour ses contenus jugés féministes et triviaux par certains détracteurs.

On parlait divorce, salaire ou avortement et il se trouve que je recevais pas mal de courrier de lecteurs qui se reconnaissaient dans mes cartoons

Posy Simmonds, dessinatrice

«Moi je n’étais pas tellement intéressée par les dessins politiques, je voulais montrer la vie des gens. On parlait divorce, salaire ou avortement et il se trouve que je recevais pas mal de courrier de lecteurs qui se reconnaissaient dans mes cartoons», explique la dessinatrice. Elle s’intéresse alors aux mères de famille, souvent insatisfaites de leur vie, plonge dans leur psychologie sans jamais être sentencieuse, épingle et détaille l’époque. Certains de ses personnages deviennent les héroïnes d’histoires au long cours, comme l’assistante de True Love, Janice, amoureuse de son patron, directeur d’une agence de pub, coureur de jupons et finalement ridicule.

Considéré par certains comme le premier roman graphique britannique, True Love est aujourd’hui réédité dans le catalogue de l’exposition du Centre Pompidou. On y découvre cet humour piquant, volontiers féroce, qui a fait mouche chez les réalisateurs Stephen Frears et Anne Fontaine. Les deux ont adapté respectivement ses romans graphiques Tamara Drewe et Gemma Bovery, dont les superbes planches ornent les cimaises de la BPI. C’est avec ces ouvrages littéraires que la dessinatrice a connu le succès en France. En 2000, Gemma Bovery, inspiré du roman de Flaubert, qu’elle adapte brillamment à notre époque, a lancé la collection de romans graphiques de Denoël. L’histoire fut d’abord publiée en feuilleton dans le Guardian.

«Beaucoup de liberté pour expérimenter»

«Rétrospectivement, la chose la plus difficile que j’ai eue à réaliser, se souvient Posy Simmonds. Nous avions convenu de publier cent épisodes sur un espace tout en hauteur. Un espace très contraignant pour une histoire au texte aussi dense, mais j’ai finalement eu beaucoup de liberté pour expérimenter! J’ai trouvé cela excitant d’être dans quelque chose de vivant qui surgissait chaque jour.»

Au Centre Pompidou sont exposés les grands carnets de travail de ces aventures littéraires, conçus comme les scripts d’un cinéaste qui procéderait au casting de ses personnages, à des essais d’éclairage et de costumes. Ils laissent apparaître toute l’inventivité et la fraîcheur d’une dessinatrice «à texte» qui a pas mal d’héritiers en France, de Catherine Meurisse à Riad Sattouf.

«Posy Simmonds. Dessiner la littérature», à la BPI du Centre Pompidou (Paris 4e), jusqu’au 1er avril 2024. Catalogue augmenté de 68 pages d’inédits dont «True Love», Denoël Graphic, 25 €.

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