FAB Paris, le grand rendez-vous des arts

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CRITIQUE – Pour sa deuxième édition, la foire née de l’union entre la Biennale des antiquaires et Fine Arts Paris fait peau neuve. Nouveau nom, nouveau lieu. Une constante demeure: l’excellence tous azimuts. À découvrir du 22 au 26 novembre prochain au Grand Palais éphémère.

Voilà un salon qui voit les choses en grand. Le Carrousel du Louvre ne suffisait plus à FAB Paris? Eh bien cap sur le Grand Palais éphémère! Le hasard fait bien les choses: le bâtiment de bois et de verre semble répondre à l’éclosion en cours de ce salon un peu particulier, ce faux nouveau venu de la scène parisienne. L’unique syllabe de cette foire sonne comme une promesse.

Elle est un acronyme, hérité des deux manifestations auxquelles elle succède: Fine Arts Paris et la Biennale des antiquaires. Leur fusion, l’an passé, dans les galeries feutrées du Louvre, avait réuni 86 exposants et attiré quelque 26.000 visiteurs en tirant parti des domaines de prédilection des deux salons, en particulier la peinture et la sculpture. Cette union consommée, il était temps pour les organisateurs de passer à la vitesse supérieure.

«Nous accueillons 110 exposants cette année, soit un quart de marchands de plus que l’an passé ; c’est assez conséquent», souligne le galeriste Louis de Bayser, président du salon. Signe que les affaires ont pris un tour sérieux dans l’arrière-boutique, une agence de communication a été sollicitée pour mieux asseoir la nouvelle image de marque. Adieu l’ancienne «Fine Arts Paris – La Biennale», bonjour «FAB Paris».

«Cela fait moins long à dire!», s’amuse le marchand d’art asiatique Christophe Hioco, par ailleurs exposant et trésorier du Syndicat national des antiquaires (SNA). «Par cette évolution cosmétique, FAB Paris assume une identité qui lui est propre», poursuit-il. Sur les affiches, les instigateurs de cette nouvelle manifestation n’en gardent pas moins une place de choix.

Salon-vitrine

Il serait bête de se défaire trop vite de noms prestigieux qui résonnent encore auprès des conservateurs, des collectionneurs internationaux. En coulisses, plus d’un marchand étranger retrouve en la FAB un avatar pimpant de l’auguste Biennale des antiquaires. Fondée par le SNA en 1956, et installée en 1962 au Grand Palais sous les auspices d’André Malraux, la foire avait connu des années fastes et un rayonnement international.

Elle a, depuis, perdu de son éclat et fermé boutique en 2021, après plus d’un demi-siècle d’existence. Aux côtés de ce mastodonte, Fine Arts Paris fait figure d’un jeune fauve. Ce rendez-vous créé en 2017 par l’Agence d’événements culturels (AEC), en déclinaison du Salon du dessin, poursuit désormais sa montée en puissance.

Nous souhaitons faire de FAB Paris un ambassadeur du chic français. Les espaces contribuent à notre recherche assumée de la qualité et du beau : beaux objets, beaux tableaux, belles sculptures

Louis de Bayser, galeriste et président du salon

Avec quel objectif? Rassembler un panorama des arts le plus éclectique possible, toutes époques confondues. «Nous cherchons à être le salon-vitrine de la diversité du marché, indique Louis de Bayser. Être généraliste est un atout qui nous permet de puiser dans toute la vitalité du marché de l’art et de surprendre les visiteurs. C’est pourquoi nous avons cherché à diversifier notre noyau de galeries spécialisées dans le XVIIe et le XVIIIe siècle, en nous développant sur le secteur du mobilier du XXe siècle, de l’art africain ou encore de la bibliophilie.» Fidèle à cet esprit, la devise de FAB Paris promet ainsi «tout l’art du monde sous un même toit».

Place à la vie

Que trouvera-t-on donc au Grand Palais éphémère? Comme une arche de Noé artistique. Ici s’étend un hippopotame couché du Moyen Empire égyptien (galerie Eberwein) – une faïence bleu-vert semblable au fameux exemplaire du Louvre – ; là, un cimier kiyunde du Congo, en forme de tête de buffle (galerie Monbrison), attend de guetter les visiteurs. Ailleurs, un monstre marin de marbre blanc, un ornement architectural florentin du XVIe siècle (Dei Bardi) pourrait répondre à la tête de Méduse d’un tondo en noyer sculpté du XIXe siècle (Monluc).

Hippopotame couché du Moyen Empire égyptien (Galerie Eberwein). © Galerie Eberwein

Les armures japonaises -mises en scène par Jean-Christophe Charbonnier en posture assise – dialoguent peut-être avec l’aquarelle tout aussi désarmante de La Fanfarlo accoudée, signée en 1968 par Leonor Fini (Loeve & Co), ou aux modèles déhanchées de la Maison Chloé croquées au stylo, feutre et crayon gras par Karl Lagerfeld (Autographes des siècles).

L’aspect foisonnant et élégant de cette foire est surligné par la scénographie du salon, confiée à Sylvie Zerat. À la différence des raouts de l’art contemporain, FAB Paris s’inscrit dans la droite lignée de la Biennale des antiquaires en sonnant l’hallali contre les murs blancs, les bétons nus et les surfaces froides. Place à des tons moins austères, à des cimaises aubergine, marron et harissa.

Bref, place à la vie. «L’idée est d’éviter les contrastes trop durs, et de plonger au contraire les visiteurs dans une atmosphère plus chaleureuse», confie Sylvie Zerat. «Nous souhaitons faire de FAB Paris un ambassadeur du chic français, renchérit Louis de Bayser. Les espaces contribuent à notre recherche assumée de la qualité et du beau: beaux objets, beaux tableaux, belles sculptures.»

Esquisse de James Tissot

FAB Paris ne manque donc pas de pièces propres à flatter le sens de la délectation. La Galerie Giovanni Sarti présente une belle tempera de la fin du XIVe siècle, une Vierge de Miséricorde, de Paolo di Giovanni Fei, peintre de l’école siennoise. La Madone, flanquée de deux anges, de saint Pierre et de saint François, enveloppe de son manteau la confrérie italienne commanditaire de l’œuvre.

Vierge de Miséricorde, vers 1395/1400. Paolo di Giovanni Fei. Tempera et or sur panneau. 23,5×43,5 cm, (Galerie Giovanni Sarti). Galerie Giovanni Sarti

Une esquisse vénitienne aussi fraîche qu’enlevée de James Tissot, une huile sur carton réalisée pour le Départ de l’enfant prodigue, conservée au Petit Palais, est proposée par la Galerie Terrades. Cette année, Françoise Livinec expose quant à elle une Scène de plage d’Aristide Maillol, toute bleue de mer, rose de jupes et blanche d’écume.

Du côté des sculptures, la Galerie Malaquais présente trois Camille Claudel, dont une petite épreuve en bronze de L’Abandon. Le public américain devrait y être réceptif: l’œuvre de l’artiste française fera ces prochains mois l’objet d’une monographie historique à Chicago puis à Los Angeles. Autre époque, autre technique: la Galerie Sismann présente une terre cuite polychromée et dorée de la Vierge, exquise création du XVIIe siècle.

Trois Camille Claudel sont présentés à la galerie Malaquais, dont L’Abandon, une petite épreuve en bronze. Galerie Malaquais /Frédéric Fontenoy-Alkama

Cette sculpture aussi belle que rarissime a été attribuée au maître Gervais II Delabarre. Aussi immaculé, mais moins féminin, un jaguar accroupi tout en muscles de Rembrandt Bugatti, millésime 1908, s’expose dans l’espace dédié réservé à Xavier Eeckhout.

Carte blanche du Mobilier national

Clou du salon, la Galerie Anne-Sophie Duval présente un ensemble remarquable pour fêter ses 50 ans: la salle de bains byzantine réalisée en 1928 par Armand-Albert Rateau pour Paul Dubonnet. Soit un concentré octogonal de marbre de Hauteville, de mosaïque, de bronze, de miroirs, de stuc et de feuilles d’or – une parfaite synthèse de l’Art déco raffiné de Rateau. Il ne s’agit pas de son unique création à s’inviter à FAB Paris: seuls rescapés de la destruction du palais madrilène de la duchesse d’Albe, deux panneaux de bois de 1922, au décor végétal en laque brune et or, seront également du salon.

Deux panneaux de bois, de 1922, au décor végétal en laque brune et or provenant du palais madrilène de la duchesse d’Albe (Galerie Anne-Sophie Duval). galerie Anne-Sophie Duval /photo Maxime Riché

Enfin, les organisateurs ont invité le Mobilier national et lui ont offert carte blanche. Depuis son arrivée en 2022 à la présidence de l’établissement, Hervé Lemoine a réveillé et réinventé le colosse assoupi de l’ancien garde-meubles de la Couronne en restant attentif à la création contemporaine.

L’installation attendue pour FAB Paris fera honneur à cet esprit: l’œuvre du designer français Paul Bonlarron, lauréat du Design Parade 2022, y sera mis en regard de plusieurs objets des collections du Mobilier national. «Il y a, dans ce face-à-face des époques, quelque chose de l’esprit d’un cabinet des curiosités d’antan», glisse Louis de Bayser. Soit des collections variées, assorties d’un voyage dans le temps. Quelque chose de fabuleux, en somme. Façon FAB.

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Content Source: www.lefigaro.fr

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