Cinéma: dans la peau d’Edvard Muncht, peintre du Cri

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Henrik Martin Dahlsbakken a voulu réaliser «la première adaptation en fiction sur grand écran de la vie d’Edvard Munch». Alfred Ekker Strande (notre photo) interprète l’artiste dans sa jeunesse. Kinovista

CRITIQUE – Le jeune cinéaste norvégien Henrik Martin Dahlsbakken a imaginé la vie du grand peintre du Cri. Il offre une mosaïque de visages et d’émotions.

Munch, sa vie plutôt que son œuvre. Ou plutôt le mystère originel de son œuvre si singulière qui ne cesse de surprendre par son audace, sa lucidité aux rayons X et sa fraîcheur de printemps nordique. Elle a métamorphosé sa vie (1863-1944), au plus cruel, des drames de son enfance aux échecs violents de ses amours, dans une palette à part, d’abord sombre comme un conte symboliste, puis vive et aérée comme un Gauguin entre la Bretagne et les îles.

Un fleuve tumultueux de chefs-d’oeuvre qui fait aujourd’hui la gloire de la Norvège, du Nasjonalmuseet et du Munchmuseet d’Oslo dans leurs nouveaux monuments flambant neufs. Et le bonheur du Musée d’Orsay à Paris qui a triomphé avec sa rétrospective l’hiver dernier. Plutôt qu’un documentaire, le jeune cinéaste norvégien Henrik Martin Dahlsbakken a voulu réaliser «la première adaptation en fiction sur grand écran de la vie d’Edvard Munch». Le père de l’expressionnisme est incarné par quatre acteurs à quatre moments clés de sa vie. Dans la peau d’Edvard Munch, en quelque sorte.

Au bord du précipice

Le résultat est un mélange des genres, dans tous les sens du terme. Il y a du théâtre de Strindberg dans le banquet champêtre qui confronte le jeune Edvard Munch, teint de lait et boucles rousses, à sa première trahison amoureuse avec Milly Thaulow, femme émancipée qui le séduit et le dédaigne La caméra suit le comédien Alfred Ekker Strande marchant le long du verger d’Åsgårdstrand, au bord du fjord. On ressent avec lui, de façon subtile et aiguë, la brièveté des beaux jours dans ces latitudes septentrionales. Elle incarne la brièveté du bonheur et l’illusion de l’avenir. «Je croyais que c’était les prémices du bonheur, c’était le bonheur», écrira Virginia Woolf. Seule demeure la nature, source de joie aux pires heures. Il y a du huis clos dramatique, presque du théâtre, dans le séjour de Munch en 1908 chez le Dr Jacobson à Copenhague, où l’artiste discute, analyse, se cherche comme un homme moderne à la quête de soi. Fuyant les effets, Ola G. Furuseth prête ses joues creuses et son regard inquisiteur à Munch, alors au bord du précipice. Il est poignant.

Il y a de l’extrapolation décalée avec le Munch de 30 ans, artiste révolutionnaire et hypersensible qui doit faire face au rejet à Berlin, au tournant du siècle. Henrik Martin Dahlsbakken le transpose dans le Berlin des années 1980. D’abord dérangeant, ce chapitre anachronique éclaire les affres de l’artiste d’une note contemporaine qui prend son sens par le texte, sorte de réflexion intemporelle sur la condition humaine avec un Mattis Herman Nyquist au crâne presque rasé et au corps en retrait. Il y a enfin du grotesque à la Goya avec le vieux Munch de 80 ans, interprété par la reine de la scène norvégienne Anne Krigsvoll, voûtée comme un diable. On ne voit pas tout de suite ce qui cloche dans ce drôle de visage, mais la solitude du vieil homme reclus est palpable, comme la vivacité cinglante de son esprit. Ces quatre Munch forment un kaléidoscope d’émotions contradictoires, filmé avec toute la vigueur de cet admirateur de Martin Scorsese, de Paul Thomas Anderson et de Michael Haneke.

La note du Figaro: 3/4

Content Source: www.lefigaro.fr

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