Foe : l’amour au temps de l’effondrement sur Amazon Prime

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En 2065, sur une planète terre exsangue, un couple est confronté à un choix impossible. Un film qui ne tient pas toutes ses promesses malgré le talent des comédiens Paul Mescal et Saoirse Ronan.

L’amour peut-il survivre à une Terre, à une humanité exsangues ? Voici la question au centre de Foe, la fable intimiste et dystopique de Garth Davis, qui réunit sur Amazon Prime Video, les nouveaux prodiges du cinéma irlandais Paul Mescal et Saoirse Ronan. En 2065, notre planète bleue ressemble de plus en plus à une immense terre brûlée par le réchauffement climatique. Pour survivre, l’homme établit des colonies dans l’espace. Junior et Henrietta vivent dans une ferme désertique du Midwest américain. Employé d’une usine de poulets, Junior a hérité d’une parcelle couverte d’arbres calcinés. Le terrain est dans sa famille depuis des générations. Il y tient comme à la prunelle de ses yeux. Entre le jeune homme et sa femme, épousée à la sortie du lycée, la passion s’est évaporée, écrasée par la routine et l’aridité d’une existence sans horizon.

Jusqu’au jour où un inconnu, Terrance, s’invite chez eux et annonce la mobilisation de Junior, prié de servir deux ans à bord d’une station spatiale. Henrietta aura, en son absence, la compagnie d’un clone robotique qu’il faut programmer au détail et au réflexe près. À Terrance de récolter le maximum de souvenirs pour y parvenir au fil de longues sessions d’interview. Ébranlés par cette séparation forcée qui s’annonce, Hen et Junior y voient d’abord un moyen de raviver la flamme des débuts. Mais quelque chose cloche. Au fil de cette cohabitation à trois et des bribes de confidences volées entre deux portes, le doute s’installe. Terrance (Aaron Pierre) est-il l’observateur impartial qu’il prétend être ?

De multiples dissonances

Réalisateur du film plein de grands sentiments Lion et de l’épopée biblique Marie-Madeleine, le cinéaste australien Garth Davis surprend avec ce huis clos ascétique, poussiéreux et oppressant, lointain cousin de Bienvenue à Gattaca et d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Tourné dans le bush, Foe repose sur trois acteurs et un même décor de masure. Et explore la fragilité du sentiment amoureux face à un monde qui se désagrège. « Il y a de la beauté dans ce qui meurt », professe Henrietta. La déliquescence du couple fait écho aux paysages de nature morte qui les entourent. Pas un cri d’oiseau ou un aboiement de chien ne ponctue le silence que brisent les doigts rageurs de Henrietta sur le piano désaccordé. Seule irruption du vivant, les coléoptères qui se hasardent parfois dans la maison. Leurs apparitions contiennent une des clés de Foe (le terme signifie « adversaire » en anglais). Les multiples dissonances et ruptures intentionnelles rendent le récit parfois difficile à saisir. Le mélo de la première heure cède la place à une atmosphère plus paranoïaque et menaçante.

Intelligence artificielle

Compatriotes natifs de l’île d’Émeraude, Saoirse Ronan (Lady Bird) et Paul Mescal (Aftersun) s’appuient sur leurs racines communes et leur accent rugueux pour sculpter de troublants silences. La Henrietta de Ronan, qui sort de son étrange léthargie et s’approprie la seconde moitié du récit, cultive un tempérament de vif-argent. Capable des gestes les plus tendres pour mieux, dans la scène suivante, fuir et éviter son conjoint. Soufflant le chaud et le froid. Le tandem, qui mériterait de se retrouver rapidement à l’écran, fait de sublimes amants naufragés, tentés sans cesse de revenir vers la fusion du coup de foudre de leur jeunesse. Une poursuite du passé illusoire.

Saoirse Ronan et Paul Mescal portent à bout de bras cette quête. Leur immense et hypnotique charisme fait illusion un temps, avant que les faiblesses du scénario ne sautent aux yeux. À force de vouloir cacher la vérité pour mieux épater le spectateur et l’encourager à rembobiner l’intrigue et repérer les indices semés par Garth Davis, Foe tourne à vide et ne va pas jusqu’au bout de sa réflexion entamée sur l’humanité de l’intelligence artificielle. Innocents comme l’enfant qui vient au monde, les « réplicants » de Foe sont capables de plus d’émerveillement et de compassion que leurs créateurs. Surnage tout de même le portrait touchant de Henrietta en femme se battant pour reconquérir son libre arbitre.

Content Source: www.lefigaro.fr

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