Notre critique de Making of: Cédric Kahn pointe les travers du cinéma

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Denis Podalydès (Simon) dans Making of.
David Koskas

Dans cette comédie sociale de Cédric Kahn, Denis Podalydès tient le rôle d’un réalisateur au bout du rouleau. Un film dans le film tordant et plein de profondeur.

Moteur! Il faut le dire vite. Les financiers voudraient un happy end. Le producteur ment comme il respire. L’acteur principal a des caprices. Bref, le tournage des Irréductibles est mal embarqué. Le réalisateur s’arrache le peu de cheveux qui lui reste. Ce cinéaste engagé en a pourtant vu d’autres.

Simon voudrait tellement pouvoir raconter l’histoire de ces ouvriers prêts à tout pour sauver leur usine. Pour un peu, il jurerait que ce sera son dernier film. Ses espoirs reposent désormais dans le making-of dont est responsable un certain Joseph. «C’est le fils de qui?», s’interroge le metteur en scène, pas vraiment dupe des us et coutumes de son milieu. Réponse: de personne. Le garçon est un pizzaïolo passionné de septième art. Tout arrive.

Dans Making of, Denis Podalydès se love avec gourmandise dans la peau de cet intellectuel en chapka au bout du rouleau

Devant la caméra, les protagonistes se mettent en grève. Derrière, les techniciens ne tardent pas à les imiter. L’argent vient à manquer. Le million d’euros promis s’est évaporé. Il est soudain question d’heures supplémentaires non payées, de participation. Gros chahut. Simon est à deux doigts de jeter le gant. Dans Making of, Denis Podalydès se love avec gourmandise dans la peau de cet intellectuel en chapka au bout du rouleau. Son couple bat de l’aile. Il se gave de comprimés. Son assistante le soutient à bout de bras. La vedette joue les concernés, se pose trop de questions. Il ne s’agit surtout pas de remettre en cause son ego. Ce nanti a des états d’âme. Comment incarner un sans-dents?

Contradictions du système

Le voilà qui a des insomnies, qui dérange ses partenaires en pleine nuit. Sur la pellicule, des gens se demandent s’ils doivent accepter une prime avant d’être licenciés. Dans la réalité, l’équipe hésite à continuer sans être rémunérée. Mise en abyme, film dans le film, effet Vache qui rit, appelez ça comme vous voudrez: le résultat est tordant, frappé au coin du bon sens, non dénué de profondeur.

Podalydès est irréprochable, comme d’habitude. Jonathan Cohen mérite des claques, tellement il adopte les défauts de la star qui cabotine

Qu’arrive-t-il à Cédric Kahn? Il y a quelques mois, son Procès Goldman était une réussite. Il revient avec cette comédie sociale qui, dans un genre différent, touche le noir de la cible. Sa Nuit américaine est bourrée d’engueulades généralement suivies de bruyantes réconciliations, de vraies pluies venant chambouler le plan de travail, de crises de nerfs et de disputes sur Zoom. Il jette sur ces artisans du celluloïd un œil à la fois critique et bienveillant, pointe en bon politique les contradictions du système. Malraux avait déjà souligné le hiatus entre l’art et l’industrie. Son diagnostic est ici illustré avec brio, grâce à des acteurs hors pair.

Podalydès est irréprochable, comme d’habitude. Jonathan Cohen mérite des claques, tellement il adopte les défauts de la star qui cabotine. Ce comédien est pour l’instant toujours parfait. Qu’on ne nous le bousille pas en l’utilisant à tort et à travers. Xavier Beauvois, gros nounours fuyant, remporte la palme en nabab chafouin, roublard, indélicat. Il ment comme il respire. On s’y croirait. Normalement, Les Irréductibles devrait être récompensé à Cannes. Ou aux César. Coupez!

«Making of», comédie de Cédric Kahn. Avec Denis Podalydès, Jonathan Cohen, Stefan Crepon, Souheila Yacoub. Durée: 1h54.

L’avis du Figaro : 3/4.

Content Source: www.lefigaro.fr

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