Notre critique de Soudain seuls: l’impossibilité d’une île

Share

Dans Soudain seuls, Gilles Lellouche et Mélanie Thierry plongent dans leur personnage avec une intensité, une ferveur qui forcent l’admiration. Lilja Jons/Trésor Films/Studiocanal

CRITIQUE – Un couple échoue sur un îlot désolé de l’Antarctique. Mélanie Thierry et Gilles Lellouche sont très convaincants en Robinson modernes confrontés à une nature hostile.

On ne le dit pas assez. Dans l’Antarctique, les îles ont souvent le défaut d’être désertes. Cela a son charme. Cependant, les inconvénients sont nombreux. Il ne s’agit pas d’y faire naufrage. Ben et Laura l’apprennent à leurs dépens. Une tempête fait disparaître leur bateau. Ils étaient allés visiter ce gros caillou planté au milieu de la mer et la météo s’est déchaînée. Leur tour du monde à la voile est compromis. Les voilà sur la terre ferme avec leur pauvre canot pneumatique à moteur, soudain obligés de s’abriter dans les ruines d’une ancienne station baleinière. Le couple a intérêt à rester soudé. Ils ont froid. Ils ont faim. Ils ont peur. Pas de radio. Il leur faudrait tenir dix jours, maximum. Sans nouvelles d’eux, le frère du mari s’inquiétera, préviendra les secours. L’homme joue les rassurants. La femme est plus nerveuse.

Le sable est gris, le ciel lourd. Ils le guettent dans l’espoir d’y découvrir l’hélicoptère qui les sauvera. Ben se souvient sans doute de ses lectures d’enfant, parvient à allumer un feu en frottant deux bâtons, comme dans le Manuel des Castors juniors. Ils se nourrissent de coquillages. Leurs repas copient malgré eux les menus d’un restaurant scandinave étoilé. Un semblant de vie domestique s’installe. Évidemment, ils s’engueulent. Cela occupe. De sourdes rancœurs remontent à la surface. Ça n’est pas tout ça. Si on dessinait sur le sol un gigantesque SOS avec des planches, histoire de signaler leur présence à un improbable avion? Des questions plus existentielles rythment la monotonie des heures. «Si je meurs la première, est-ce que tu me manges

Quelque chose de physique

Que les végans ne poussent pas tout de suite des hauts cris, le cannibalisme conjugal ne figure pas au programme. Les manchots étant les seuls habitants de l’endroit, les défenseurs des animaux seront sans doute choqués par la séquence où le héros en estourbit un avant de le passer à la casserole. Les scénaristes ont oublié de fournir la recette de ce mets exotique. Soudain seuls, inspiré d’un roman d’Isabelle Autissier, a quelque chose d’assez physique. N’en déplaise à Sandrine Rousseau, la nature a le don de se transformer en ennemie. Les intempéries se succèdent. L’hiver s’annonce. Qu’y a-t-il de l’autre côté de la montagne? Le temps s’étire. On le meuble comme on peut, en soufflant dans un pipeau ou en chantant du Brel au bord de l’eau. La folie risque de gagner du terrain. Un navire glisse au large. Trop loin, trop tard. L’homme se blesse à la jambe. Il boitera jusqu’à la fin. La femme tombe enceinte. Les conditions ne sont pas idéales.

Gilles Lellouche et Mélanie Thierry plongent dans leur personnage avec une intensité, une ferveur qui forcent l’admiration. Visiblement, ils en ont bavé. C’est pour le bien du film. Au bout d’un moment, les rôles s’inversent. Cette survie est très cinématographique. Les paysages sont de la partie, d’une humidité malveillante, d’un vert menaçant. Ils sont hostiles et beaux. Le suspense est là. S’en sortiront-ils? Dans quel état? Thomas Bidegain a réussi son Délivrance. Il s’en tire avec les honneurs, rompt les amarres avec les petits drames bien français. Cela n’ira pas sans inconvénient. Chérie, pour la croisière de Noël, on va peut-être annuler, non?

La note du Figaro: 3/4

Content Source: www.lefigaro.fr

Table of contents

En savoir plus

Nouvelles récentes