Entre le meilleur et le pire de Marjo | De grandes chansons, de grands looks et de grandes chutes

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Dans Entre le meilleur et le pire, un artiste revisite, une chanson ou un moment à la fois, les sommets et les vallées de son œuvre. À l’occasion de la parution d’une compilation double vinyle (aussi offerte en CD) tout simplement intitulée Marjo, la reine du rock québécois raconte les coulisses de la création de quelques-uns de ses innombrables hits.




La muse la plus étonnante de la chanson Provocante

Dans Provocante, il y a de moi, mais il y a aussi Gabrielle, une prostituée très gentille, très jolie, que j’avais rencontrée après un show et avec qui j’étais devenue amie. Elle devait avoir 19, 20 ans et on a fait les quatre cents coups ensemble. J’étais allée la voir faire du pole dancing, et wow ! Je trouvais ça beau, je trouvais ça provocant.





La chanson dont tu es le plus fière

Où sont ces mots, la dernière de Tant qu’il y aura des enfants, parce qu’elle est sensible. Les mots sont très personnels, ils me font beaucoup de bien : « Prête-moi la foi et le courage / Laisse-moi un coin d’ciel bleu / Laissons-nous être heureux ». C’est une très belle chanson, qui ne joue nulle part.

Extrait de Où sont ces mots

La chanson que tu as écrite le plus rapidement

Bohémienne, ç’a pris 10 minutes, bing, bang, bang ! Murray Head est un des bons amis de Jean [Millaire, son partenaire de création et ancien amoureux]. Et quand Murray est en ville, ils sortent. Ce soir-là, ils étaient à l’ancien Club Soda et moi, je travaillais à partir d’une suite d’accords que m’avait donnée Jean. La chanson est apparue toute seule. J’ai appelé Jean au Club Soda, je lui ai fait jouer la chanson au téléphone et il m’a dit : « Touche à rien, je m’en viens. »

Murray la trouvait ben bonne aussi.

Extrait de Bohémienne

La chanson que tu aimes davantage maintenant que lorsque tu l’as créée

Impoésie. C’est un mot inventé qui, pour moi, parle de la mort, de l’autre bord de la poésie, là où c’est triste. L’impoésie, ce n’est pas quelque chose qu’on désire, c’est quelque chose qu’on subit. Parfois, en show, je dis : « Je vais vous faire Impoésie, mais je ne sais pas encore, cent ans plus tard, ce que ça veut dire exactement. » Mais ça fait vibrer quelque chose en moi. Parce que je me rends bien compte que c’est toujours de moi que je parle dans mes chansons.

Extrait de Impoésie

Ta pire chute sur scène (ou en bas)

À Jonquière en musique, en 2007. J’en ai encore mal au pied.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Marjo avec Marco Calliari et Sébastien Plante, quelques jours après sa chute à Jonquière

Mais avec Corbeau, je me lançais souvent en bas des boîtes de son. Un soir au Spectrum, j’étais montée sur l’ampli de Willie [Michel Lamothe, bassiste], qui était assez haut. Je portais des ballerines. Quelqu’un était en train de faire un solo, et les solos dans Corbeau étaient longs, parce qu’il y en avait toujours deux. J’étudiais ma piste d’atterrissage.

Et quand je me suis décidée à sauter, je me suis cassé la cheville. Je n’étais plus capable de marcher, mais il fallait quand même que je me change pour le rappel, parce que je m’étais apporté une belle petite robe estivale et j’y tenais. Jean m’a aidée à me changer et je me suis assise sur le riser de la batterie pour les dernières chansons. La douleur est partie, grâce à l’adrénaline. Mais après le show, j’ai eu MAL.

[Elle sourit.] J’ai quand même aimé ça, faire ça.

Ton album le plus sombre

C’est Bohémienne [1995]. C’est noir, pas joyeux, à cause de la dope. Quand tu as de l’argent, les vendeurs le savent et ils te tournent autour. Je ne suis pas fière de ça.

Le vêtement qui disait le moins la vérité

Mon amie photographe Linda Boucher m’avait apporté ça. J’avais peur de me faire poser cent millions de questions. Je l’ai porté pour lui faire plaisir, mais ce qui était écrit dessus, c’était évidemment un mensonge [immense rire].

PHOTO LINDA BOUCHER, FOURNIE PAR AMBIANCES AMBIGUËS

Marjo et la fameuse camisole

Ton look le plus audacieux

Lors de mon premier spectacle en solo, je portais juste un maillot transparent et j’avais mis par-dessus un foulard fuchsia que m’avait donné Gilles Gagné [défunt costumier]. C’était écœurant. Mais le foulard finissait toujours par rester pris quelque part et mes seins, par sortir de mon maillot. Il y a un journaliste de Radio-Canada qui en avait parlé dans son reportage. C’était trop drôle.

[L’animateur du Téléjournal, Charles Tisseyre, parle effectivement en mars 1987 du « spectacle de rock le plus sexy en ville ». Quant au journaliste François Harvey, il explique que « Marjo a décidé que l’histoire de son premier spectacle serait celle de son état de femme et, de fait, dans la frénésie du moment ou dans un élan de générosité, eh bien, un sein se dévoile. » À l’écran, un des seins de Marjo apparaît.]

J’ai toujours considéré que j’avais un beau body. Pourquoi le cacher ?

Ta chanson qui gagnerait à être mieux connue

En pièces détachées [1979] de Corbeau, avec le piano de Charles Barbeau, c’est beau. Ou Solitaire [1981], même si ce n’est pas moi qui l’ai écrite. C’est un texte de Jean Genet que Pierre [Harel] avait trouvé. Il y a aussi Slow-Motion [1982], encore une chanson de Corbeau. Il y en a plein, plein, plein que j’aime, mais qui se sont perdues dans la brume.

Ta chanson sur laquelle La Presse a eu le plus d’influence

Y a des matins, c’était le titre d’une chronique de Pierre Foglia. Ça se passait dans un cimetière, à 5 h du matin, avec la brume qui se lève. Je l’ai appelé pour lui demander si je pouvais utiliser le titre et il m’a répondu : « Marjo, tu peux prendre le texte au complet, si tu veux. »





Je l’aime, ce monsieur-là. Il mettait toujours le doigt sur quelque chose.

Ta meilleure chanson écrite par quelqu’un d’autre

Celle qui va. Gilbert Langevin [poète maudit, aussi auteur de La voix que j’ai d’Offenbach] vient me voir un soir au Bistro à Jojo, qui était comme notre bureau. Il me présente sept ou huit feuillets et il me dit : « Tiens, Marjo, c’est un cadeau. » Je ne savais pas quoi faire avec ça, c’était beaucoup trop. J’ai confié les feuillets à Pascal [Mailloux, son pianiste] et il en a fait une chanson, en allant chercher les lignes essentielles.

L’apport le plus important de Jean Millaire

Jean me donnait toujours l’heure juste. Quand j’allais le voir avec une chanson et qu’il jugeait que ce n’était pas à la hauteur, il me le disait. « Retourne travailler. » Je l’écoutais, parce que j’avais confiance en lui. Il me demandait souvent, en pointant une phrase : « Dans la vie, est-ce que tu parlerais comme ça ? » Pour lui, il fallait que tout soit à la fois naturel et bien énoncé.

Ta chanson qui t’émeut le plus

C’est encore et toujours S’il fallait. Pour le public, elle veut dire plein de choses, mais elle s’adressait à Jean.

La meilleure décision professionnelle que tu as prise

Quand j’ai laissé Musi-Art, la boîte de Michel Sabourin, qui était mon agent, j’ai racheté toutes mes affaires [ses bandes maîtresses et ses droits d’édition, ce qui a rendu la création de cette compilation moins fastidieuse].

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Marjo aux Francos en 2018

Je l’ai revu récemment et la première affaire qu’il m’a demandée, c’est : « Pis, es-tu rentrée dans ton argent ? » Et la réponse, c’est oui. Si je ne voulais plus chanter, je pourrais juste vivre de ça. Ça rentre à tour de bras.

La meilleure décision artistique et humaine que tu as prise

Chanter.

Marjo

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Content Source: www.lapresse.ca

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