Alessandrini rime avec Monteverdi
La plupart de ceux qui se sont confrontés aux madrigaux de Monteverdi se sont cassé les dents, en particulier les ensembles britanniques, dont la pureté désincarnée flotte à des années-lumière du théâtre de chair et de sang du compositeur crémonais. Entreprise il y a une trentaine d’années, la magistrale intégrale des neuf livres de madrigaux par Rinaldo Alessandrini et son Concerto Italiano paraît enfin en entier chez Naïve. Si l’étendue temporelle du processus occasionne immanquablement quelques – pardonnables – disparités dans le rendu, que ce soit sur le plan des effectifs ou de la prise de son, l’engagement physique des chanteurs et l’adéquation entre le texte et la couleur vocale laissent pantois. Un des coffrets de l’année !
Lars Vogt, toujours vivant
Quelques témoignages de l’art du pianiste Lars Vogt sortent encore ici et là depuis sa disparition aussi tragique que prématurée en septembre 2022 à l’âge de 51 ans, dont son émouvant enregistrement des Concertos nos 9 et 24 de Mozart, dont nous avons fait l’éloge ici même au début du mois, mais aussi un disque consacré à la musique de chambre de Schubert (chez Ondine). Le musicien allemand est loin d’en être à ses premières armes avec le compositeur viennois, et cela se sent. Les différents morceaux, dont les deux trios et la Sonate « Arpeggione » (version pour violoncelle et piano), réalisés avec deux complices de toujours, les frère et sœur Christian et Tanja Tetzlaff (respectivement violoniste et violoncelliste), respirent la vie.
Musique classique
Shubert – Chamber Works
Christian Tetzlaff, Tanja Tetzlaff et Lars Vogt
Ondine
Altinoglu enflamme Franck
Franck est un autre compositeur auquel il est difficile de rendre justice. Sa Symphonie en ré mineur, maintes fois enregistrées, ne fait pas exception. La musique du compositeur belge exilé à Paris, qui n’a jamais réussi à faire carrière à l’opéra, est habitée d’un feu qui contraste avec l’image d’Épinal de « Pater seraphicus » accolée au musicien dès son vivant. Un des concurrents en lice pour la succession de Kent Nagano, le Français Alain Altinoglu a en quelque sorte résolu la quadrature du cercle (chez Alpha) en creusant les méandres chromatiques de la partition sans sacrifier à la grande ligne et sans perdre en lyrisme. L’Orchestre symphonique de la Radio de Francfort donne idéalement vie à l’orchestration franckiste, tout en clair-obscur. En guise de compléments, le « Morceau symphonique » de l’oratorio La Rédemption et le poème symphonique Le chasseur maudit.
Musique classique
Franck – Symphony in D minor – Rédemption – Le chasseur maudit
César Franck, Alain Altinoglu
Alpha Classics
Tchaïkovski brille dans la ville de l’acier
Pittsburgh a beau n’être que la 27e ville en importance aux États-Unis, son orchestre symphonique, dont ont été titulaires les Reiner, Maazel et Prévin de ce monde, est un joyau parmi les orchestres du pays, en particulier depuis l’arrivée de l’Autrichien Manfred Honeck à sa tête en 2007. Leur dernière réalisation discographique est la Symphonie no 5 de Tchaïkovski (sous étiquette Reference), qu’ils ont déjà enregistrée en 2006 (intéressant mais moins abouti) alors que le chef faisait partie du processus de sélection qui allait bientôt le placer à la tête de la phalange pennsylvanienne. Cette nouvelle mouture est un miracle de cohésion et de fougue, le tout dans une captation qui met idéalement en valeur la pâte orchestrale du compositeur russe. Le chef, qui, fait rare, signe le texte du livret, offre également un arrangement des Cinq pièces pour quatuor à cordes de Schulhoff.
Musique classique
Tchaikovsky – Symphony no 5 & Schulhoff – Five pieces
Orchestre symphonique de Pittsburgh, Manfred Honeck
Reference Recordings
Un vibrant panorama romain
Les trois grands cycles symphoniques de Respighi (Pins de Rome, Fontaines de Rome et Fêtes romaines), parmi les sommets de l’écriture orchestrale au XXe siècle, dépeignent, dans une sorte d’impressionnisme à l’italienne, différents éléments du folklore de la capitale italienne (fontaine de Trevi, pins du Janicule, fête de l’Épiphanie, etc.). C’est à un véritable travail d’artisan que le chef états-unien Robert Treviño se livre dans ces trois partitions dans un nouvel enregistrement (Ondine) réalisé avec l’Orchestre symphonique national de la Radiodiffusion italienne, dont il est le chef principal invité. Loin d’en faire une froide mosaïque (comme Ozawa chez Deutsche Grammophon), il souligne à foison la sensuelle poésie respighienne. Fascinant !
Musique classique
Respighi – Roman Trilogy
Ottorino Respighi, Orchestre symphonique national de la RAI, Robert Treviño
Ondine
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