Valence | Tout ce que la nuit recèle

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Pour créer La nuit s’achève, Valence a pris le temps. Le temps des nuits sans sommeil à composer sans inhibition, des matins inspirés à peaufiner sans restriction, des longues journées de studios à donner vie à cet album qui raconte l’intensité d’une période agitée.




Après cinq mois de composition et d’écriture, une année entière à travailler ses premiers essais, puis une vingtaine de jours en studio, Valence se sent reconnaissant d’avoir eu à sa disposition la latitude de ne pas presser les choses et de les faire bien. Il sort son deuxième album en y ayant mis toute l’attention qu’il fallait.

« J’ai eu beaucoup de temps pour créer, pour composer », explique-t-il, alors que nous le joignons par téléphone, la semaine précédant la sortie. « Ça a été une période bouillonnante de création où je sens que je suis allé au bout d’un truc. »

Il s’est permis de faire ce disque exactement comme il l’envisageait, mais aussi de le peaufiner jusqu’au moindre détail, jusqu’au dernier moment. « La semaine passée, je suis retourné en studio, juste pour réenregistrer une partie instrumentale, pour donner un autre arrangement », confie d’ailleurs Vincent Dufour.

« Le temps, c’est aussi quelque chose à double tranchant, parce que ça laisse place au doute, ajoute-t-il. Mais parce que j’étais avec Alex [Martel, qui a réalisé l’album], je pouvais exprimer mes doutes et je pense que c’est la meilleure personne pour trancher entre le doute qui était une véritable amélioration et lequel était de l’overthinking [dû au fait de trop réfléchir]. »

C’est que ce disque est une transition vers une nouvelle façon d’explorer la création pour Valence. Il s’est offert un nouveau terrain de jeu. Et il a joué. « J’ai eu envie de faire un album dans la tradition du studio », dit-il.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Valence, de son vari nom Vincent Dufour

Je voulais être moins dans le sound design, moins sur mon ordi. J’ai vraiment passé du temps à monter les tounes à la façon “songwritting”, alors qu’avant, je partais d’une ligne de synthétiseur, par exemple.

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« J’avais un plus grand laisser-aller, notamment parce que j’avais confiance qu’en studio, les musiciens allaient créer de la vie avec ce que j’avais, que ça allait être leur propre truc que je ne pouvais pas manipuler, ajoute-t-il. Il y avait cette volonté de sentir que c’est un band qui joue. »

Quand la nuit s’impose

Le temps, donc, a été important pour Valence. La nuit aussi. Le titre de l’album l’indique, mais à l’écoute des 12 chansons qui composent l’album, on comprend que la thématique imprègne la majorité de l’œuvre. Et pour cause, elle a vu le jour au beau milieu de la nuit.

« J’ai commencé à écrire et le thème nocturne est arrivé de lui-même, raconte l’auteur-compositeur-interprète. Le thème de l’album est un peu à l’image du processus, en fait. Je créais au plus creux de la nuit, je me sentais dans un genre de bulle conceptuelle, même si l’album n’est pas un album concept. »

Pour Valence, la nuit semble être un exutoire. « Est-ce que c’est là qu’on avoue la fatigue d’avoir couru le risque d’un amour à contre-jour/Rendez-vous au détour de la nuit », chante-t-il par exemple sur la très belle Quand rien ne bouge et ne vit.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

La nuit est une bonne période pour Valence.

La composition a été très instinctive. Quand j’ai commencé à composer, il était tout le temps tard, ça devenait très sentimental très vite. La nuit, c’est le moment où tu es le plus proche de tes émotions, tout est plus à vif.

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Ainsi, en plus d’être, comme il dit, le canalisateur de plusieurs émotions et le lieu de plusieurs épisodes, la nuit a été dans sa vie le moment où l’inspiration prenait sa plus belle forme. « Personnellement, à cette période de ma vie, j’étais à un moment où je vivais une relation intense et je n’avais pas de recul. La perte d’inhibition que la nuit m’offrait m’a aidé à écrire plus à partir de mon subconscient, d’être moins dans le contrôle, moins en train de vouloir projeter quelque chose », décrit Valence. Le matin venu, il pouvait retrouver ses textes et les retravailler, sans trop les dénaturer non plus.

Dans ses paroles, on entend une poésie qui s’assume plus que jamais dans les images qu’elle évoque. « Dans l’écriture, je sens que je commence à trouver ma voie et ma confiance, alors je me pose moins de questions inutiles maintenant. Quand la ligne est évocatrice pour moi, c’est suffisant, je n’ai plus besoin d’aller creuser, d’aller chercher à créer trop de sens. Je sais que je peux écrire des textes plus impressionnistes. Avant, je me disais qu’il fallait que je clarifie, mais ce n’est plus une préoccupation. Au contraire, je trouve que ça peut être une entrave à l’imaginaire. »

Pour lui, « raconter des histoires, c’est un art » et il se dit grand admirateur des textes d’un auteur-compositeur comme Michel Rivard, par exemple. « Mais moi, j’aime travailler à partir d’un flou. »

Entre le naïf, le viscéral et l’élégance

Sur le plan des sonorités, Valence décrit « deux pôles pour cet album ». D’abord, la musique de film. Mais pas n’importe laquelle. « Je suis tombé sur le compositeur François de Roubaix et d’autres compositeurs qui ont fait de la musique de la Nouvelle Vague. Et ce qui me charmait chaque fois, pour De Roubaix spécifiquement, c’est que c’est de la musique très naïve et bon enfant, mais qui se mêle à l’élégance. Georges Delerue, qui a fait la musique pour Le mépris, ou Francis Lai, ont tous été un point de départ pour moi, sur le plan de l’inspiration. »

L’autre pôle, « un peu à l’opposé » : l’album (What’s the story) Morning Glory ?, du groupe anglais Oasis. « Je suis allé y chercher le fait de pouvoir avoir un texte noir sur blanc et de le crier, d’y aller de manière viscérale et très teenage, décrit Vincent. Je voulais aller toucher cette énergie adolescente, ce besoin de ne pas avoir de regard sur soi-même et de dire les choses quand tu as besoin de les dire. »

Pour voir et entendre cet album prendre forme sur scène à Montréal et à Québec, il faudra attendre un peu. Les spectacles de lancement de La nuit s’achève n’auront lieu qu’à l’été, question d’horaire et, également, de volonté. « Je voulais laisser le temps aux gens de s’approprier l’album, nous explique l’artiste. Et c’est loin aussi parce que le lancer aux Francos, dans un show en salle, c’est super. Quelque chose me charme dans le fait de sortir l’album en février, au plus creux de l’hiver, et de faire les spectacles et se rassembler au début de l’été. »

La nuit s’achève

Chanson

La nuit s’achève

Valence

Chivi Chivi



Content Source: www.lapresse.ca

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