Et Yves Saint Laurent inventa la robe transparente

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Le couturier a (dé)couvert de mousseline, de tulle et de dentelle le corps des femmes. Une autre façon de le libérer. À voir jusqu’au 25 août à travers l’exposition « Yves Saint Laurent. Transparences, le pouvoir des matières ».

Une robe transparente, de nos jours, a surtout vocation à aimanter les flashs des photographes sur les tapis rouges et créer le buzz sur les réseaux sociaux. Mais au regard de l’histoire de la mode, une robe transparente signée Yves Saint Laurent, c’est une œuvre d’art. En tout cas, c’est ce que donne à voir « Yves Saint Laurent. Transparences, le pouvoir des matières » à partir d’aujourd’hui et jusqu’au 25 août.

« Cette exposition est née de nos échanges avec la Cité de la dentelle de Calais qui a présenté le premier chapitre de cette thématique il y a quelques moi, raconte Elsa Janssen, la directrice du Musée Yves Saint Laurent Paris, situé au 5, avenue Marceau. La transparence est fondamentale dans l’œuvre de Saint Laurent, comme l’est le masculin-féminin. Elle revient dans ses collections d’année en année, il la réinvente sans cesse. Pourquoi ? Parce que le corps des femmes l’obsède, pas forcément la poitrine et les fesses mais les épaules, les nuques, etc. »
Le maître lui-même ne disait pas autre chose : « Rien n’est plus beau qu’un corps nu. Le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme, ce sont les bras de l’homme qu’elle aime. Mais pour celles qui n’ont pas eu la chance de trouver ce bonheur, je suis là. » Inaugurant le parcours, sa première robe transparente haute couture – une (simple) tunique d’organza noir brodé de zigzags pailletés aux endroits stratégiques qu’il baptisa le « nude look » en 1966 – dialogue avec le célébrissime cliché de Jeanloup Sieff mettant en scène le couturier, nu, pour la campagne de son parfum Pour un homme, en 1971. « Je veux choquer et faire scandale », avait-il dit au photographe… « Il se trouve beau, a envie de se montrer, rappelle la commissaire générale. Il a cette pointe de provocation et de jeu. Il est surtout passionné par les corps, comme peut l’être un sculpteur par celui de son modèle. Il avait d’ailleurs la même approche lorsqu’il faisait appeler Mounia, son mannequin fétiche. Elle arrivait dans sa blouse blanche, se déshabillait. Il regardait son corps, créait un dessin, puis drapait sur elle, tout autour de son corps, comme une sculpture. »

Affiche de l’exposition Yves Saint Laurent. Transparences, le pouvoir des matières »
Musée Yves Saint Laurent Paris

Faisant écho aux dessins au stylo de la plasticienne Anne Bourse, à un « rayogramme » de Man Ray et à l’aquarelle Transparence aux cinq personnages de Francis Picabia, ses pièces emblématiques rythment la visite scénographiée par l’architecte Pauline Marchetti. Intemporelle, la blouse lavallière de cigaline – étoffe très fine proche de la mousseline à l’aspect crêpé assez raide – se glisse sous un légendaire smoking de 1968. La robe du soir translucide seulement ceinturée d’une rangée de plumes d’autruches fut portée par l’audacieuse Zizi Jeanmaire lors de son émission « Show Zizi Jeanmaire » sur l’ORTF la même année. Le dos nu de la petite robe noire de 1970, hommage au Violon d’Ingres de Man Ray, révèle, sous une fine couche de dentelle de Chantilly, la naissance des fesses…

Les transparences, je les connais depuis longtemps. L’important avec elles, c’est de garder le mystère…

Yves Saint Laurent

Une dizaine de magnifiques robes drapées en voile de toutes les couleurs, issues de collections haute couture et du prêt-à-porter rive gauche semblent léviter au-dessus d’un sol miroir. Sur un écran est diffusé un film des Frères Lumière, immortalisant la danse serpentine de Loïe Fuller, la célèbre Américaine du Paris de la Belle Époque. Saint Laurent affectionnait particulièrement les tulles, mousselines, dentelles et autres guipures qui voilent le sein de cet incroyable fourreau de crêpe de 1993. « Yves Saint Laurent a aussi créé des robes libérant complètement la poitrine, telle une Marianne de La Liberté guidant le peuple, où le sein est une arme de combat, une façon de considérer le corps des femmes à égalité de celui des hommes, reprend Elsa Janssen. Ce corps peut être sensuel, séduisant, beau. Mais jamais vulgaire. » De cette transparence, objet du scandale, Yves Saint Laurent a fait un élément clé de son power dressing au même titre que le caban ou le smoking « volés » aux hommes : « Les transparences, je les connais depuis longtemps. L’important avec elles, c’est de garder le mystère… Je pense avoir fait le maximum pour l’émancipation des femmes. J’ai créé des vêtements qui entrent tout à fait à leur aise dans le XXIe siècle. »

Content Source: www.lefigaro.fr

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