Geert Wilders, Javier Milei, Donald Trump : chez les populistes, des coiffures qui en disent long

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Longueurs peroxydées ou mulets spectaculaires : chez les leaders de partis et les hommes politiques se revendiquant antisystème, la coupe de cheveux est un moyen de se positionner contre leurs adversaires plus traditionnels. Et de renforcer leur message.

On aura rarement autant parlé des cheveux des hommes politiques. Il faut dire que, depuis quelques semaines, les amateurs de coiffures étonnantes n’ont qu’à suivre l’actualité pour trouver leur bonheur : ce 19 novembre, Javier Milei, chevelure de chanteur de Britpop entre le mulet et la mèche comme sculptée qui lui vaut le surnom de « El Peluca » (la perruque, en VF), a été élu président de la nation Argentine ; quelques jours après, c’est le chef de file du parti d’extrême droite PVV Geert Wilders qui remportait les élections législatives aux Pays-Bas et s’affichait tout sourire… Et cheveux peroxydés peignés vers l’arrière.

Outre un goût pour les coiffures originales, Milei et Wilders partagent un positionnement sur l’échiquier (à la droite de la droite), et un surnom : ils sont tous deux appelés les « Donald Trump » de leur pays. La filiation idéologique est évidente, tous trois se revendiquant anti-élites, et contre le fameux « système ». Une autre, capillaire, aussi – surtout chez Wilders, qui partage avec l’ex-président des États-Unis la même teinte de blond artificielle.

Se distinguer des «élites»

« Alors que l’image est unanimement reconnue, par les récents travaux de science politique, comme l’une des variables essentielles de détermination des choix électoraux, les apparences de Javier Milei et Geert Wilders, comme celle de Trump, participent à leur positionnement politique, souligne François Hourmant, professeur de sciences politiques à l’université d’Angers et auteur de Pouvoir et Beauté: le tabou du physique en politique (Ed. PUF). Leur coiffure fait partie d’un ensemble d’éléments qui les distinguent de leurs compétiteurs et de ce qu’ils récusent, à savoir les élites. Ils se placent volontairement en rupture avec la figure plus conventionnelle de leurs adversaires, leur légitimité s’inscrivant justement dans l’écart qui les en sépare. Il s’agit d’un élément parmi d’autres qui accompagne leurs discours disruptifs, provocateurs. Car il ne faut pas surévaluer le pouvoir des images non plus : tout cela s’inscrit dans un ensemble de variables.»

Javier Milei, après sa victoire à la présidentielle argentine le 19 novembre AGUSTIN MARCARIAN / REUTERS

Ainsi, face à des candidats venus de l’establishment politique et décidant de s’approprier les codes de la respectabilité (complet, rasé de près, coupe courte) qui ont, des années durant, fait les leaders, ces outsiders jouent de leur apparence pour se distinguer. Quand Sergio Massa, son adversaire, porte le complet, Javier Milei porte par exemple le blouson en cuir. « Il y a une volonté de montrer que l’on n’est pas un professionnel de la politique, poursuit François Hourmant. Wilders a un profil un peu différent, puisque, outre la coiffure, sa tenue respecte les codes plus traditionnels, le costume-cravate notamment. Il siège au parlement et fait partie de la classe politique depuis longtemps (il a été élu pour la première fois en 1998, NDLR)Comme un certain Boris Johnson, lui aussi adepte des longueurs blondes, cette fois-ci en bataille, et pour qui « les cheveux permettaient de dire qu’il n’était pas un membre de la bourgeoisie et des élites politiques britanniques, alors que son pedigree disait le contraire. Cela lui a permis de se façonner une image plus transgressive facile à lire pour les électeurs, y compris les moins bien informés.»

Marquer les esprits et faire parler de soi

Surtout, le cheveu spectaculaire a un atout : il permet de faire parler de soi. Copieusement commentés, ils sont presque aussi efficaces qu’une déclaration choc pour faire la une des médias (cet article en est la preuve). Il n’y a pas de mauvaise publicité, dit-on. À ce titre, Donald Trump a toujours aimé évoquer sa coiffure pour rire de ses détracteurs, voire se poser en victime. « C’est l’un de mes grands atouts, disait-il, alors simple candidat, en 2018. Tout le monde disait que mes cheveux étaient faux, que ce n’était pas les miens, que j’avais une perruque. J’ai été pris dans des tempêtes, des vents à 100km/h! Si ce ne sont pas vos vrais cheveux, ne soyez pas candidat! Ne soyez pas candidat!» Comme Milei, en 2016, écrivait sur Twitter, « les personnes à faible capacité se concentrent sur mes cheveux, et non sur mes idées.»

Si les cheveux jouent un rôle aussi important chez ces candidats – et désormais leaders – populistes, c’est également parce que, aussi subversif que l’on puisse être, il demeure difficile de se détacher du sempiternel costume bleu marine ou gris, symbole de la classe politique professionnalisée, peu importe son bord. Le cheveu et les accessoires sont alors l’un des rares territoires d’expression possible pour marquer les esprits – un fait vieux comme les chaussettes rouges Gammarelli d’Édouard Balladur. On se souvient par exemple de la fameuse « stratégie de la cravate» du Rassemblement National, lorsque ce bout de tissu symbole de l’establishment était censé donner aux députés du parti de Marine Le Pen davantage de respectabilité.

Donald Trump, pendant son procès à New York, le 25 octobre POOL / REUTERS

En France, les électeurs restent attachés à une certaine idée de l’apparence du politique. Que ce soit à l’extrême-droite comme à l’extrême-gauche, on ne devrait donc pas voir de sitôt de candidat autoproclamé antisystème à la coiffure spectaculaire. Question de stratégie, pas de talent de nos artisans coiffeurs. « La stratégie d’un Éric Zemmour, ou celle du RN, par exemple, sont intéressantes à observer ces dernières années, affirme François Hourmant. Leur approche est plutôt d’aller vers une forme de ‘normalisation’. Notre pays est peut-être plus attaché aux conventions des apparences. C’est plutôt à gauche que l’on peut voir des candidats faisant fi des conventions et revendiquant leur appartenance au milieu ouvrier, à l’instar de Philippe Poutou en tee-shirt lors du débat des présidentielles, ou de Jean-Luc Mélenchon abandonnant les codes socialistes qui étaient les siens et adoptant la veste d’ouvrier.»

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