Paul Bocuse, Philippe Etchebest, Cyril Lignac, Cédric Grolet… les plus belles montres des chefs cuisiniers

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Des montres et des stars 5/5 – Ces rois des fourneaux exercent leur art à la seconde près, partagent avec l’horlogerie les valeurs de précision et d’excellence et veulent inscrire leur notoriété dans le temps long. La recette parfaite !

Ils ont chacun leurs rituels, leurs habitudes. Avant de se mettre aux fourneaux, Jean-François Piège range religieusement sa montre dans le tiroir de son bureau, avec ses plus beaux couteaux – autre de ses passions. Ce grand amateur d’horlogerie, qui garde ses pièces dans un coffre à la banque où il va régulièrement en chercher une ou deux, la remet dès qu’il envoie les assiettes en salle. Anne-Sophie Pic, elle, après des années sans arborer le moindre bijou, n’arrive plus à se séparer de sa Big Bang Hublot. « Avant on regardait mes chaussures, maintenant on regarde mon poignet », s’amuse-t-elle. Cédric Grolet travaille les bras nus, pour des questions d’hygiène et de praticité. Mais, à la fin de chacune de ses vidéos pour Instagram, il enfile – comme par magie, à l’instar de ses recettes filmées qui multiplient les coups de bluff – sa Pasha Squelette en acier de Cartier, qui dissimule à peine ses tatouages. Cyril Lignac, lui, assurément un des plus grands fondus d’horlogerie dans sa catégorie, en particulier de Patek Philippe et d’Audemars Piguet, refuse désormais de parler de sa collection, de « son péché mignon », par souci de discrétion. Il préfère faire profil bas, après quelques articles incrédules devant la valeur de ses modèles.

Paul Bocuse, le maître absolu, un « enfant de pauvres » qui, lui, assumait de vivre « comme un gosse de riche », n’avait qu’une montre : une Rolex Datejust avec un bracelet Président. Certains supposent qu’il aurait été enterré (en 2018) avec elle, tant elle était liée à son personnage au même titre que sa toque et son col tricolore… Le roi de la gastronomie lyonnaise a été précurseur sur de nombreux terrains, notamment sur celui de l’horlogerie. « There is no fine cooking without perfect timing » (« Il n’y a pas de bonne cuisine sans cuisson parfaite »), clame-t-il dans une publicité pour Rolex, en 1976. La téléréalité n’est pas encore passée par là mais lui a bien identifié que les affinités et les parallèles entre ces deux mondes construits sur l’excellence et la précision sont multiples.

«Les cuisiniers dressent les plats avec des pinces comme les horlogers montent un calibre.»

D’abord, évidemment, le temps est central dans une cuisine. Il y a des minuteurs partout, des recettes chronométrées, des « feuilles de passe » (où sont inscrits tous les horaires pour le service), et même des horloges aux murs, souvent éditées et offertes par des grandes marques, comme la TAG Heuer vue il y a quelques années chez Philippe Etchebest ou la Blancpain chez feu Joël Robuchon, qui fut toute sa carrière très proche de cette marque du Swatch Group. Anne-Sophie Pic pousse le parallèle en soulignant que « les cuisiniers dressent désormais leurs plats avec des pinces comme les horlogers montent un calibre ». « On est des frères », n’hésite pas à affirmer Jean-François Piège.

La chef 3 étoiles Anne-Sophie Pic monte ses assiettes à la pince comme l’horloger ses mouvements. Anne-Emmanuelle Thion

Si de nombreux chefs sont naturellement attirés par l’horlogerie, l’inverse aussi fonctionne parfaitement. D’abord, beaucoup de patrons de ce secteur sont des bons vivants, aimant la bonne chère et les personnalités charismatiques de la gastronomie. Bernard Arnault aurait ainsi offert une montre Hublot à Yannick Alléno lorsqu’il décrocha une 3e étoile au Guide Michelin 2017 pour son restaurant Cheval Blanc, à Courchevel. Ensuite, des liens étroits avec ces chefs étoilés permettent de les associer à leurs événements de luxe et d’offrir aux clients des expériences de haute volée. Cerise sur le gâteau : « Plus prosaïquement, le public regarde tout le temps leurs mains quand ils travaillent ou quand ils présentent une assiette, remarque la directrice d’une agence de communication. Mbappé est ultra-populaire, c’est génial pour une marque, mais on voit rarement ses poignets… »

Je me réjouis de la notoriété des chefs. Ça participe à l’anoblissement d’un métier. Mais il faut que ça dure, c’est un challenge

Cédric Grolet, pâtissier

Ajoutons à cela que, depuis le succès d’émissions telles Top Chef, MasterChef et Cauchemar en cuisine, leur notoriété est montée en flèche. Les partenariats se sont multipliés : Amandine Chaignot et IWC, Mory Sacko et TAG Heuer, Juan Arbelaez et Breitling, Thierry Marx et Omega… Pourtant, les cuisiniers reviennent de loin. « Jusque dans les années 1970, la vedette dans un restaurant c’est le maître de salle, qui est souvent le propriétaire. Les cuisiniers, eux, ne sont pas montrables, raconte le spécialiste et conseiller Nicolas Chatenier, ancien agent de chefs. Ils restent en coulisses, devant leurs fourneaux, qui sont encore à charbon, et couvrent leur visage de suie ! » L’un d’entre eux va renverser la vapeur à la fin des années 1970 : Paul Bocuse. Il invente la figure du chef telle qu’on la connaît aujourd’hui, avec sa veste immaculée, qui sort de ses cuisines pour devenir une star de l’édition et des plateaux de télévision. « C’est un maître en la matière ! Il expliquait à ses jeunes collègues que sur une photo, pour un maga zine, il ne faut jamais se placer au milieu. Car, si le rédacteur en chef décide de la publier sur une double page, vous vous retrouvez coupé en deux dans la pliure ! », poursuit Chatenier.

Le pâtissier adulé d’Instagram Cédric Grolet et sa Pasha Squelette de Cartier. Cartier

Après lui, les stars des années 1990 et 2000, les Loiseau, Rœllinger, Passard, Bras, Gagnaire, inventent la cuisine d’auteur. Ils sont plus cérébraux, plus focalisés sur leurs créations. Le tournant a lieu il y a une quinzaine quand les émissions de téléréalité anglaises et américaines ont déferlé en France. Elles font rapidement un carton, faisant émerger des talents médiatiques autant que gastronomiques. Cette génération porte plusieurs casquettes, ce sont certes des as des pianos, mais ils sont aussi chef d’entreprise, vedette, influenceur. Les spécialistes estiment qu’ils dédient environ un tiers de leur temps aux médias.

Paul Bocuse a porté toute sa vie la même Rolex, marque pour laquelle il a fait une publicité en 1976 avec le slogan : « There is no fine cooking without perfect timing. » Homer Sykes / Alamy via Reuters Connect

L’Auvergnat Cédric Grolet, par exemple, débarqué à Paris à 20 ans avec son CAP et sa détermination, compte aujourd’hui 500 salariés et 9 millions d’abonnés sur Instagram, réseau sur lequel il poste deux à trois vidéos par semaine qui lui prennent chacune plusieurs heures de tournage. « Je me réjouis de la notoriété des chefs, dit le pâtissier star, partenaire de Cartier. Ça participe au rayonnement de la France, à l’anoblissement d’un métier. Mais il faut que ça dure, c’est un challenge ». Anne-Sophie Pic ne dit pas autre chose lorsqu’elle se félicite qu’un public plus large puisse rêver et avoir accès à la haute gastronomie avec un « like » sur Instagram, sans forcément venir dans son restaurant. Précisant que, comme l’horlogerie, la gastronomie est un métier de temps long, où il n’est pas permis d’être flamboyant de temps en temps mais excellent chaque jour, sur la longueur. Paul Bocuse, avec sa gouaille légendaire, était, lui, moins tendre : « J’ai contribué à sortir les chefs de leur cuisine, il serait bon qu’ils y retournent. »

Le prodige de «Top Chef» (saison 11) Mory Sacko porte au quotidien une TAG Heuer Connected Watch. Virginie Garnier
Bernard Arnault aurait ainsi offert une montre Hublot à Yannick Alléno lorsqu’il décrocha une 3e étoile au Guide Michelin 2017 pour son restaurant Cheval Blanc, à Courchevel. DMcCallum

Content Source: www.lefigaro.fr

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