Adieu Daech ? | Tourner la page sur le groupe armé État islamique

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Une décennie après que son frère Youssef est parti rejoindre Daech en Syrie motivé par sa foi, Leïla Sakhir fait des pieds et des mains pour que sa nièce puisse être prise en charge par un membre de la famille. Et espérer enfin tourner la page sur une « horreur » qu’elle traîne depuis 10 ans.




Adieu Daech ? est le troisième volet d’une série amorcée en 2017 avec T’es où Youssef ?, dans lequel le journaliste et chroniqueur Raed Hammoud tentait de comprendre ce qui avait poussé un copain du cégep à rejoindre les rangs du groupe armé État islamique en Syrie. Il n’est pas le seul : la sœur de Youssef, Leïla, tente toujours de comprendre, elle aussi, comment son frère a pu faire un tel geste.


PHOTO FOURNIE PAR TÉLÉ-QUÉBEC

Raed Hammoud et Leïla Sakhir

Elle est le personnage central du surprenant documentaire réalisé par Marc Lamy (avec Gabriel Allard-Gagnon) et scénarisé par Mathieu Paiement. Surprenant, car en partant en quête de réponses, Leïla en trouve qu’elle n’attendait pas. Et si son frère avait été motivé par son idéalisme plutôt que radicalisé par des discours haineux et revanchards ?

Youssef est mort dans un bombardement en Syrie. Raed Hammoud et Leïla ont encore du mal à l’imaginer. Or, ce qui les préoccupe, c’est d’abord le sort de sa fillette, prise dans un camp en Syrie avec sa mère qui, comprend-on, est française d’origine. La petite a la nationalité canadienne, pas sa maman. Ce qui complique les choses.

Leïla se démène depuis quatre ans déjà pour trouver une façon de sortir la petite de là, avec sa maman si possible. « Ce livre-là, j’ai envie de le fermer », dit-elle. Plus loin, elle ajoute, à propos de son frère : « Quelque part, j’essaie de réparer son dégât. J’essaie de limiter ses dégâts. »

Des réponses inattendues

En continuant à creuser cette histoire aussi abordée dans Les poussières de Daech, Leïla et Raed finissent par parler à un autre vieux copain de Youssef, Hassan Kamar. Lui aussi prévoyait quitter Sherbrooke pour aller en Syrie. Sauf que lorsque son grand frère a saisi qu’il se radicalisait, sa famille s’est mobilisée et sa mère l’a ramené de force au Sénégal, son pays natal. Elle l’a même dénoncé aux autorités.

Hassan a été accusé de vouloir rejoindre les rangs de l’organisation terroriste, mais aussi de participer à son financement et d’autres choses. Il affirme que toutes les accusations sont tombées, mais il a tout de même fait environ trois ans de prison chez lui. Deux ans plus tard, il est père de famille. Il garde sa foi, mais il est « réhabilité » aux yeux de Raed.


PHOTO FOURNIE PAR TÉLÉ-QUÉBEC

La professeure et spécialiste de la prévention de l’extrémisme violent Ghayda Hassan

Ce jeune homme était très proche de Youssef, explique-t-il. Et le portrait qu’il fait de son ami est à la fois proche de ce que Raed et Leïla ont connu, mais ni l’un ni l’autre ne s’attendait à ce que Hassan donne comme explication au sujet du départ en Syrie. « On était mus par le désir de devenir des savants de l’islam », explique-t-il, ajoutant que Youssef et lui ont perçu une détresse dans les vidéos qui circulaient sur l’internet et souhaitaient d’abord aider en allant là-bas, notamment en ouvrant un orphelinat.

Ce discours est loin de ce qui a été rapporté au sujet des combattants du groupe armé État islamique venus d’Occident.

Le plus souvent, ils sont décrits comme de jeunes hommes qui se sont égarés en adhérant aux valeurs de l’Europe ou de l’Amérique et qui redonnent un sens à leur vie en renouant avec une religion qui occupe une grande place dans leur identité, mais dans une version radicale et violente.

Ce passage est le plus confrontant, autant pour les deux personnages du documentaire que pour les téléspectateurs. Il jette toutefois un éclairage différent sur un choc de civilisations qui a détruit quantité de vies. Et dont les secousses se font toujours sentir : il y a encore, selon les documentaristes, 68 000 membres présumés de Daech et leur famille dans les camps ou les prisons de Syrie. Un peu moins de la moitié sont des enfants. Du nombre, 25 sont canadiens, dont 1 adolescent et 16 enfants.

La diffusion d’Adieu Daech ? sera suivie par une émission spéciale animée par Marie-Louise Arsenault intitulée Adieu Daech ? : la discussion, à laquelle participeront Raed Hammoud, Stéphane Bergeron, du Bloc québécois, l’ancienne ministre de la Justice de France Christiane Taubira et les spécialistes de la radicalisation et de la prévention de l’extrémisme violent David Morin et Ghayda Hassan.

Mercredi, dès 20 h, à Télé-Québec



Content Source: www.lapresse.ca

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