Balado Juste entre toi et moi | Avec Claude Meunier, le party n’est jamais plate

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Réflexions, anecdotes, confidences : les riches entretiens de la série balado Juste entre toi et moi sont autant d’occasions d’entendre des personnalités médiatiques et culturelles ouvrir leur cœur et déployer leur pensée.




« J’avais un ami qui m’avait dit une fois : “Toi, ça va toujours rester marginal, ton affaire” », se souvient Claude Meunier. « J’avais répondu : “ben oui, c’est comme ça, qu’est-ce que tu veux ?” »

Alerte au divulgâcheur : Claude Meunier n’est pas exactement demeuré marginal, Ding et Dong et, a fortiori, La petite vie s’étant érigés au rang d’authentiques phénomènes sociaux. Confidence : toutes les fois que je lis que la mouture originale de la série a rameuté à deux occasions plus de 4 millions de téléspectateurs, j’ai le réflexe d’accuser l’auteur du texte d’avoir mal vérifié ses informations, même si c’est la vérité vraie.

L’humour de Claude Meunier n’est pas du tout demeuré marginal, mais il est aisé, avec la distance des années, de sous-estimer ce que ses premiers numéros avaient d’étrange, de saugrenu, d’à contre-courant. À quoi ressemblait un spectacle des Frères Brothers, le duo pré-Paul et Paul qu’il formait avec Jacques Grisé et Robert Morissette, et dont il ne reste malheureusement – ou pas – aucune trace ?

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Claude Meunier

« C’était un show absurde où on faisait des imitations, mais on imitait un coucher de soleil ou l’échangeur Turcot à l’heure de pointe », explique l’auteur au cours de cet entretien durant lequel il est également question de son rapport à la critique, de l’influence d’Ionesco et du sketch qu’a un jour écrit Félix Leclerc (!) pour Ding et Dong. « Avec les Frères Brothers, on pouvait aussi imiter des inconnus. On disait “donnez-moi un prénom, donnez-moi un nom de famille”, puis là, on imitait, mettons, je sais pas… Paul Larivière. »

Le frère Serge

C’était avant que Serge Thériault se joigne à Grisé et à Meunier au sein du trio Paul et Paul – Serge Thériault que Claude retrouvera le 24 décembre sur ICI Première au micro de Stéphane Laporte, apprenait-on la semaine dernière, à l’occasion d’une émission imaginée autour de leur prodigieuse connivence, Les flocons sont réunis.

Serge s’est aussi récemment rendu en studio afin de chanter des chœurs sur l’album de La Famille Denuy, le projet western avec lequel Meunier mettait en ligne, au début du mois, une nouvelle version de C’est Noël et pour lequel il s’est entouré de certains des meilleurs musiciens en ville, dont le guitariste Jean-Sébastien Chouinard (vu aux côtés des Cowboys Fringants) et le batteur Pierre Fortin (qui joue également avec Les Cowboys Fringants, et avec Galaxie). Le premier disque du groupe, à paraître l’an prochain, contiendra notamment une chanson écrite par Daniel Boucher et une autre par Simon Proulx, le plus génial des héritiers de Paul et Paul.

Extrait de C’est Noël de La Famille Denuy

« C’est un lien unique », dit Claude au sujet de son amitié avec Serge. « On est des frères très complémentaires. »

Serge [Thériault], d’une certaine façon, j’en suis aussi proche que de mon épouse. On se connaît profondément, dans toute notre sensibilité, notre ressenti. Ensemble, on est plus que la somme de nous deux. On se comprend, on se saisit. On jouait à Ding et Dong, on jouait à La petite vie. C’était un jeu pour nous autres.

Claude Meunier

Les comédiens de La petite vie ont d’ailleurs tellement aimé jouer lors des tournages de la plus récente saison que Claude et son équipe songent à rendre disponibles des épisodes auxquels ils restitueront les quatre ou cinq minutes de beau débordement qui ont dû être retranchées au montage afin de ne pas dépasser le cap télévisuel des 22 minutes.

Les années qui attendrissent

Dans Les voisins (1980), pièce cosignée par Louis Saia, Claude Meunier pose un regard impitoyable sur le monde des adultes, en mettant en scène des personnages incapables de se dire quoi que ce soit de substantiel, si on exclut les brefs moments où le goût de la mayonnaise les émerveille.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Claude Meunier, en entrevue avec notre journaliste

Élaboré à partir d’un sketch écrit par Claude alors qu’il n’avait que 19 ans, intitulé Le party plate, Les voisins a très peu de pitié pour ses personnages, une intransigeance tout adolescente que le temps a fini par assouplir chez l’auteur, qui a aujourd’hui 72 ans.

Quand les personnages parlent, ils parlent de clou à ciment, de leur asphalte, de leur haie. Maintenant, je comprends qu’on puisse parler de clou à ciment. Moi-même, je parle de clou à ciment, des fois. Ou je parle de rien. On est tous des voisins, un peu.

Claude Meunier, au sujet des Voisins

Nous sommes tous condamnés à nous transformer en notre père, d’une manière ou d’une autre, que je lui fais remarquer. « Je lui prenais des travers que j’ai complètement exagérés », précise Claude au sujet du regretté Marcel, un optométriste un peu excentrique qui lui a inspiré Ti-Mé et Bernard et qui pouvait, à Noël, se déguiser en tsar russe, juste pour faire rire ses enfants. « Il n’était pas fou comme Ti-Mé, sinon ils l’auraient enfermé. Mais c’était un homme tordant. J’adorais mon père. Plus le temps passe, plus je l’aime. »

Près de 45 ans plus tard, Claude Meunier dépeint donc le couple et la vie de famille avec beaucoup plus de tendresse que dans sa pièce culte. Dans ce qui s’annonce comme l’ultime saison des tribulations du clan Paré, Ti-Mé se languit de retrouver Jacqueline, partie visiter la planète avant de virer (plus) folle. Et si son absence lui pèse lourd, c’est certes parce qu’il n’a aucune idée comment faire cuire une dinde, mais surtout parce qu’il se rend compte qu’il l’aime. Pour vrai.

« Et moi, en vieillissant, c’est ce que je trouve de la vie : c’est très important l’amour, l’affection, le partage. C’est des affaires drôles à entendre sortir de ma bouche, mais je trouve ça majeur. Sinon, qu’est-ce qu’on fait là ? Je me rends compte que je suis comme Ti-Mé : j’ai besoin d’avoir quelqu’un dans ma vie, que j’aime. »

La petite vie est offerte sur l’Extra de Tou.tv et sera diffusée sur ICI Télé dès le 10 février.

Trois citations tirées de notre entretien

À propos de Michel Côté

« C’était un monstre de jeu. C’était un grand, Michel. Il avait un talent inouï, d’une grande précision. Comme me disait Marc [Messier] l’autre jour : avec Michel, il n’y avait jamais rien qui dépassait. C’était un gars très exigeant envers lui-même. Il était toujours en remise en question, très perfectionniste. Les gars étaient tellement bons pour jouer Broue. La dernière représentation de Broue [en avril 2017] était peut-être la perfection, c’est peut-être la meilleure fois que je l’ai vue. »

À propos de Marc Messier

« Tout le monde sait que c’est un immense acteur, mais c’est à peu près le gars qui a gagné le moins de prix au Québec. C’est hallucinant, même si lui, il ne s’en fait pas avec ça pantoute. Marc, c’est un géant. C’est le Roger Moore du Québec. C’est un esprit d’acteur, dramatique et comique, mais il y a toujours Marc Messier qui passe à travers. Prends Réjean, qui n’a pas de qualité : Marc joue ça et tout le monde le trouve sympathique. Il a un charisme inouï. »

À propos du personnage de Thérèse

« Il y avait une de mes tantes qui était une vraie Thérèse et que j’aimais beaucoup, beaucoup. Elle était toujours un peu space, comme Thérèse est space. Au début, quand le monde disait que Thérèse était niaiseuse, je répondais : Thérèse n’est pas niaiseuse, elle est schizoïde, c’est une poète, elle fuit ce monde qui est tellement ennuyant pour elle. Thérèse, c’est un poème. »



Content Source: www.lapresse.ca

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