Fin de la grève des acteurs aux États-Unis | L’industrie québécoise pousse un soupir de soulagement

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La résolution du conflit de travail opposant les acteurs aux grands studios hollywoodiens marque la conclusion d’une année 2023 très difficile pour l’industrie du tournage au Québec. On peut presque entendre l’énorme soupir de soulagement.



Mercredi soir, le syndicat des comédiens américains, SAG-AFTRA, a annoncé qu’il s’était entendu avec l’Alliance of Motion Picture and Television Producers (AMPTP) après 118 jours de grève. Le bras de fer s’est soldé par l’obtention d’une nouvelle convention collective de trois ans évaluée à « plus d’un milliard de dollars », d’après un communiqué de SAG-AFTRA.

Au Québec, la nouvelle a procuré un apaisement notable au secteur audiovisuel. « Je suis soulagée pour eux, mais aussi pour nous, pour notre industrie », souligne la présidente de l’Union des artistes (UDA), Tania Kontoyanni.

Je pense aux doubleurs, aux techniciens… Beaucoup de gens ont perdu leur boulot quand la grève a été déclenchée.

Tania Kontoyanni, présidente de l’Union des artistes

Au Bureau du cinéma et de la télévision du Québec (BCTQ), on craignait qu’une prolongation des négociations de quelques jours seulement étire la grève jusqu’en janvier, voire jusqu’en février, étant donné les congés prévus aux États-Unis au cours des prochaines semaines (Action de grâce, Noël, jour de l’An).


PHOTO MARIO ANZUONI, REUTERS

Deux membres du syndicat des acteurs célèbrent l’annonce de l’entente de principe dans une brasserie de Los Angeles, mercredi soir.

« On a subi les impacts de manière importante, souligne la présidente-directrice générale du BCTQ, Christine Maestracci. Et ce n’est pas fini. […] En effets visuels, ça devrait prendre six, sept ou huit mois avant qu’on parle d’une reprise. »

Du côté du syndicat des techniciens québécois, l’AQTIS 514 IATSE, on accueille cette nouvelle avec enthousiasme, mais prudence, puisque les membres de SAG-AFTRA n’ont pas encore ratifié l’entente de principe.


PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Christian Lemay, président de l’Association québécoise des techniciens et techniciennes de l’image et du son (AQTIS 514 IATSE)

« On est très heureux pour nos membres, déclare le président du regroupement, Christian Lemay. Notre industrie a beaucoup trop souffert. Ça devrait la relancer. »

Ça repart lundi

Cette relance, que plusieurs observateurs attendent véritablement en janvier, au terme d’une période de six à huit semaines, débutera dans quelques jours seulement aux Studios Grandé à Montréal. En suspens depuis juin, la production de Ghosts, série du réseau CBS, redémarrera lundi, nous confirme Andrew Lapierre, vice-président et cofondateur de l’entreprise, qui héberge chaque année plusieurs tournages étrangers au Québec.

« On est aussi en pourparlers avec Sony. Ils sont prêts. Ils attendaient la fin du conflit pour repartir la machine. Nos studios vont être complets au début décembre », ajoute Andrew Lapierre.


PHOTO FOURNIE PAR CBS

La série Ghosts est tournée à Montréal.

D’après nos informations, les tournages d’une série d’Apple TV+ qui devaient commencer en octobre, The Last Frontier, et d’une grosse production de Skydance (Mission impossible, Top Gun) débarqueront en ville au cours des prochains jours.

Un impact majeur

Malgré ces bonnes nouvelles, comme plusieurs acteurs du secteur, les Studios Grandé enregistreront des pertes de revenus en 2023. La société s’apprêtait d’ailleurs à mettre en place un plan pour réduire la main-d’œuvre avant l’annonce de mercredi. « C’est majeur », déclare Andrew Lapierre.

« Les entreprises nous ont dit qu’elles avaient dû mettre à pied beaucoup de gens », ajoute Christine Maestracci, du BCTQ.

La situation n’est guère plus rose du côté des techniciens. Les pertes de revenus sont estimées à 60 millions de dollars, confirme l’AQTIS 514 IATSE. « Chez nos membres, à cause des grèves [les scénaristes américains ont aussi débrayé pendant cinq mois, plus tôt cette année], plusieurs ont dû piger dans leur régime enregistré d’épargne-retraite, indique Christian Lemay. C’est triste, parce que ce sont leurs seules épargnes. Les pigistes n’ont aucun fonds de pension dans notre industrie. »

Pour s’assurer de repartir du bon pied, le BCTQ, Studios Grandé et MELS demandent au gouvernement du François Legault de revoir rapidement les crédits d’impôt accordés aux productions étrangères, pour permettre au Québec de rester compétitif et d’attirer davantage de productions d’envergure à Montréal.

On a eu l’occasion de faire beaucoup de démarchage au cours des derniers mois, mais à cause des incitatifs fiscaux [insuffisants], le Québec a perdu du terrain. Il demeure moins attractif que d’autres juridictions, même au Canada.

Christine Maestracci, présidente-directrice générale du BCTQ

« On était déjà en perte de vitesse avant les grèves, ajoute-t-elle. On se dirigeait vers une année de 8 tournages étrangers, alors qu’on a l’habitude d’en accueillir entre 25 et 40. »

Négociations au Québec

Le conflit du travail entre acteurs et grands studios aux États-Unis était suivi attentivement au Québec par l’UDA et l’AQTIS 514 IATSE. Cet automne, les deux organisations syndicales négocient également pour renouveler leur entente collective avec l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM).

Les discussions progressent « bien », indique Hélène Messier, présidente-directrice générale de l’AQPM. « Les tables de négociations se poursuivent. Les parties se rencontrent régulièrement, plusieurs fois par semaine. Ça avance. Il n’y a pas d’entente de principe à l’horizon, mais les parties sont de bonne foi. Il y a de l’écoute. »

En entrevue téléphonique, Hélène Messier explique vouloir trouver un règlement sans « trop fragiliser » une industrie qui n’en mène visiblement pas large. La semaine dernière, Groupe TVA a annoncé le licenciement de 547 employés.

« L’industrie a connu de meilleures années, résume-t-elle. Le financement est difficile à cause de l’état des diffuseurs. Quand leurs revenus baissent, leur capacité de contribuer aux productions baisse aussi. Cette année, on observe une décroissance du volume de production de 25 % à 30 % par rapport à 2022. »

« On est lucides. Les pertes de revenus publicitaires touchent les diffuseurs traditionnels, note Christian Lemay, de l’AQTIS 514 IATSE. Par contre, l’industrie doit faire un constat. Le gouvernement doit faire un constat… Sinon, la prochaine étape, est-ce que c’est de couper du contenu québécois à l’écran ? Ça risque d’avoir un impact sur notre télé, notre langue et notre culture. »

L’histoire jusqu’ici

2 mai : Les scénaristes américains entrent en grève. Leurs demandes touchent notamment aux redevances pour l’exploitation des séries et films sur l’internet.

14 juillet : Les acteurs américains entreprennent également une grève. Outre une hausse des salaires, ils exigent un pourcentage réel des bénéfices, ainsi qu’une meilleure protection contre l’intelligence artificielle.

27 septembre : Fin du conflit de travail des scénaristes

9 novembre : Fin du conflit de travail des acteurs. Le syndicat parle d’un accord comprenant une protection « sans précédent » contre l’intelligence artificielle, d’une hausse des salaires et d’un système de primes lorsqu’une série remporte du succès.



Content Source: www.lapresse.ca

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