L’onde de choc | Derrière le sourire de Gaétan Girouard

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Le journaliste Gaétan Girouard était un géant aux pieds d’argile, estiment ses proches. Le documentaire L’onde de choc raconte la trajectoire de ce reporter vedette de la télévision québécoise des années 1990 et les profondes fissures intérieures qui ont mené à sa mort, à seulement 33 ans.




Les apparences étaient trompeuses. Gaétan Girouard, journaliste vedette à TVA, où il a notamment animé J.E. en direct, était toujours impeccablement mis, affable quand il le fallait et insistant devant un interviewé récalcitrant. Il ne bafouillait jamais en ondes, était un communicateur clair et précis, rappelle son ex-collègue Pierre Bruneau.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Pierre Bruneau

Or, sous ses dehors frondeurs, il avait « peu d’estime de lui-même », dit encore l’ex-chef d’antenne, peu après la projection de L’onde de choc. Porté par Jean-Philippe Dion, le documentaire a été présenté quelques jours avant Noël devant des membres de la famille du journaliste mort il y a 25 ans et d’anciens collègues journalistes.

Pierre Bruneau est l’homme qui a eu la difficile tâche, en janvier 1999, d’ouvrir son bulletin de nouvelles en annonçant la mort de son collègue. Gaétan Girouard, 33 ans, s’était donné la mort le matin même.

Même s’il a dû essuyer des larmes au générique, l’ex-chef d’antenne se disait aussi « content » du documentaire. « On rappelle sa carrière extraordinaire, mais c’est surtout de sa vulnérabilité qu’il est question », souligne-t-il avec justesse.

Une fausse assurance

Jean-Philippe Dion a eu l’idée de ce documentaire avec trois objectifs en tête : rappeler le parcours météoritique de Gaétan Girouard, révéler ses fragilités et ainsi faire de la prévention en matière de suicide. Ce qu’il fait en allant à la rencontre de la famille du défunt, mais aussi avec la collaboration de plusieurs de ses proches, dont son ami Gilles Dion et ses anciens collègues Pierre Bruneau, Alain Gravel, et bien sûr Jocelyne Cazin.

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Alain Gravel, Pierre Bruneau et Félix Séguin, journalistes

Il est épatant de revoir à l’écran ce jeune homme élégant, en apparence sûr de lui, capable de confronter un motard criminel, d’interviewer un Warrior sur les barricades lors de la crise d’Oka et de témoigner de l’émeute qui a suivi la victoire de la Coupe Stanley en 1993 tout en se faisant brasser par une foule survoltée.

Son rôle qui a le plus marqué les esprits, c’est sans doute celui de coanimateur de l’émission d’enquête J.E., avec Jocelyne Cazin, où il avait ni plus ni moins un rôle de journaliste justicier. Un rôle qui venait avec une pression énorme, qu’il a toujours masquée derrière un sourire.

Les deux filles de Gaétan Girouard, Justine et Marie-Claude, se réjouissent de ce film qui rappelle ce que leur père a été dans l’œil du public, mais fait aussi « œuvre utile » en racontant ce qu’il cachait derrière son masque.

« C’est quelqu’un qui a passé sa vie à aider les autres à régler des problèmes, souligne Marie-Claude, et avec ce documentaire, c’est un peu comme s’il continuait sa mission de changer les choses. »

Le choc du suicide

L’onde de choc n’aborde pas la question du suicide de manière sensationnaliste. Son objectif est plutôt le contraire : en parler de manière responsable, décortiquer ce qui peut nourrir un mal-être invisible et raconter l’impact qu’il a sur l’entourage, dont sa conjointe Nathalie et leurs deux filles.

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Justine, Nathalie et Marie-Claude Girouard

Marie-Claude Girouard aborde la question de manière frontale dans le film en affirmant que le suicide est, à ses yeux, un geste égoïste. « Je ne sais pas si c’est le bon mot, dit-elle, quelques minutes après la projection. Je n’ai jamais été dans cette situation-là et je pense que quand tu poses un geste comme celui-là, tu ne penses pas aux conséquences.

« Tu penses que ça va soulager les gens autour de toi, mais ce n’est vraiment pas le cas, poursuit-elle. Si quelqu’un avait le choix entre le fait qu’une personne de son entourage se suicide ou non, la réponse serait non. Égoïste n’était peut-être pas le bon mot, mais je voulais surtout illustrer qu’il y a des conséquences pour les gens qui restent. »

Avant qu’il ne soit trop tard

Jocelyne Cazin avoue avoir ressenti beaucoup de culpabilité après la mort de ce collègue dont elle était très proche. Elle se dit que si les gens autour de Gaétan Girouard avaient mis leurs inquiétudes en commun, peut-être qu’ils auraient pu l’aider. Elle déplore aussi le fait que le médecin qui a diagnostiqué une dépression majeure à son ami n’ait alerté personne.

« Il faut que l’information circule plus », convient Marc-André Dufour, psychologue spécialiste de la prévention du suicide. Il rappelle toutefois l’importance du secret professionnel pour les médecins et les thérapeutes. Les cas de crise suicidaire aigüe ne laissent aucune place à l’interprétation, selon lui. Le problème se situe lorsque le professionnel ne juge pas le risque de mort imminent.

Avec la collaboration de la personne, il y a moyen [d’alerter un proche] dans bien des situations.

Marc-André Dufour, psychologue spécialiste de la prévention du suicide

Encore faut-il que les professionnels de la santé aient le réflexe de chercher à tendre un filet de sécurité autour de la personne en détresse avant qu’elle ne fasse un geste plutôt qu’après, ajoute le spécialiste.

Marc-André Dufour souligne que les hommes consultent de plus en plus et que d’aller chercher de l’aide n’est plus aussi tabou qu’avant. « Il n’y a pas moins de détresse, mais plus de gens en parlent », dit-il. Il faut encore insister en revanche pour dire que le courage, ce n’est pas de faire face à ses problèmes seul, mais d’être capable de se montrer vulnérable et de demander à quelqu’un de nous prendre la main.

À TVA le 11 janvier, 21 h ; à LCN le 19 janvier, 20 h



Content Source: www.lapresse.ca

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