Le Repas des fauves, une pièce au royaume de la cruauté

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D’«excellents Français» doivent décider qui des leurs seront livrés à un officier SS. FABIENNE RAPPENEAU

CRITIQUE – Créée il y a quatorze ans, la pièce de Vahé Katcha fait salle comble au Théâtre Hébertot, à Paris.

Est-ce les trois Molières, pour l’adaptation, la mise en scène et la meilleure pièce du théâtre privé que Le Repas des fauves a reçus en 2011, l’effet bouche-à-oreille ou les deux ? Force est de constater que le Théâtre Hébertot ne désemplit pas. L’auteur, journaliste et scénariste arménien Vahé Katcha, dont c’était la première pièce, en 1960 – il n’en a écrit que deux -, a pourtant imaginé une histoire cruellement drôle. Pendant l’Occupation, en 1942, dans un appartement de l’avenue de Versailles, sept amis se retrouvent pour fêter l’anniversaire de Sophie. La jeune femme ouvre ses cadeaux. Malgré les restrictions, le champagne coule à flots.

Sapé comme un pape, Monsieur André, alias Thierry Frémont, sait y faire. Il déballe des trésors de victuailles. Mais soudain des coups de feu retentissent. Au pied de l’immeuble, deux Allemands sont abattus. Décidé à les venger, un officier SS (terrifiant Jochen Hägele) exige que les convives choisissent deux otages parmi eux. Ils ont deux heures pour décider. Sous la menace, des conflits éclatent entre ces « excellents Français » : outre le collabo, un médecin, un libraire, une résistante, un rescapé, un professeur de philosophie… La tension monte, la bassesse, la médiocrité et la veulerie de chacun des « amis » ressort. Désabusé, Vahé Katcha pointe du doigt la noirceur de l’âme humaine. « L’homme est un loup pour l’homme », rappelle-t-il.

«Personne n’y croyait»

Julien Sibre a créé Le Repas des fauves en 2009 au Théâtre André Malraux de Rueil-Malmaison. Il le reprend quatorze ans après avoir modifié la distribution, qui joue en alternance, et la mise en scène. Le décor de Camille Duchemin est devenu plus bourgeois. En revanche, Julien Sibre a conservé le film d’animation de Cyril Drouin projeté en arrière-plan et la bande-son. Interprétée par des inconnus et sans aucune promotion à l’époque, cette pièce relève du miracle. Julien Sibre en a eu l’idée, à 26 ans, après avoir vu à la télévision le film de Christian-Jaque. Avec l’aval de Vahé Katcha et de sa famille – l’auteur est décédé en 2003 –, il retravaille le texte pour le transposer sur les planches.

Il en fait une première lecture en 2006, mais le projet est refusé par la plupart des directeurs de salle. « Personne n’y croyait », se souvient Didier Caron, alors tout nouveau directeur du Théâtre Michel, lieu dédié à la comédie, qui prend le risque de la programmer en septembre 2010. Les trois trophées prestigieux le confortent dans son choix et attirent un public de plus en plus nombreux. Le Repas des fauves reste l’un de ses plus beaux succès.

Le Repas des fauves , au Théâtre Hébertot (Paris 17e), jusqu’au 7 janvier 2024.

Content Source: www.lefigaro.fr

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