Pascal Amoyel raconte Cziffra fortissimo au Théâtre Montparnasse

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CRITIQUE – Avec «Le Pianiste aux 50 doigts», le virtuose raconte en musique le fabuleux destin du Hongrois.

L’incroyable destinée de György Cziffra, tel est le sous-titre de ce spectacle musical enchanteur, ou l’histoire d’un pianiste de génie racontée par Pascal Amoyel, virtuose de renommée internationale. Attention, les 88 touches du demi-queue valseront pendant une heure et demie. La rencontre entre le tout jeune Amoyel et Cziffra (1921-1994) relève du conte de fées.

Il se souvient encore de la concierge de l’immeuble du 17e arrondissement de Paris où sa famille venait d’emménager. Celle qui l’entendait faire ses gammes lui avait dit : « Mon petit Pascal, sais-tu qu’un grand pianiste a habité ici ? Il vient juste de déménager. Il s’appelle Cziffra. Un grand virtuose. Il a ouvert une fondation pour les jeunes artistes. Tu devrais peut-être aller le voir. Qui sait, c’est peut-être ton destin… » Elle ne croyait pas si bien dire.

Faire ses gammes

Un jour, le petit Pascal, 12 ans, se présenta devant le grand Cziffra et, bravache, lui joua quelques improvisations. Miracle, le maître se prit d’affection pour lui et c’est ainsi que le grand homme commença à lui conter sa drôle de vie, son enfance hongroise dans les bidonvilles, ses débuts quand, à 4 ans, écoutant sa sœur Yolande faire ses gammes, il se mit au piano et réussit « à faire exactement comme elle, sans effort ».

L’ouïe de György semblait déjà si fine qu’il pouvait sans doute distinguer un cinquième de ton d’un sixième. Taper sur des touches fut d’emblée le destin qui lui était réservé. Ce sera son sort jusqu’à sa mort. Un beau matin, un cirque passa dans sa rue. Un clown demanda à György qui il était. Il répondit : « J’ai 5 ans et je suis pianiste. » Le petit prodige intégra la troupe et commença à gagner sa vie. Amoyel joue alors, allegro, Scènes d’enfants, de Schumann, puis enchaîne sur une étude de Scriabine.

Puis György, 9 ans, devint le plus jeune élève jamais admis à l’Académie de musique Franz-Liszt de Budapest. Soudain, la voix d’Amoyel, jusqu’ici enjouée, se fait plus sombre. L’odeur de la guerre commence par empester. « Je devins pilote de char », confia Cziffra alors que les doigts d’Amoyel glissent, appassionato, sur un extrait de l’élégie Funérailles de Liszt. L’histoire s’accélère. Cziffra, qui a du sang tzigane, fuit la mobilisation, saute dans un train vers la Russie mais est arrêté et se retrouve dans un camp d’internement. D’un cauchemar l’autre.

Chansons à boire

Amoyel exécute La Danse du sabre, de Khatchatourian, poursuit le roman du maître : libéré en 1946, il rentre enfin chez lui, devient, comme son père, pianiste de bar. Pascal Amoyel nous fait ici, merveilleuse bande-son, une démonstration d’improvisation, joue des chansons à boire ou Happy Birthday façon Mozart, Beethoven, Debussy, Schönberg ou ragtime… Puis à 34 ans, Cziffra donne son premier grand concert et devient l’un des plus grands virtuoses de l’histoire.

En sortant, nous en savons un peu plus sur le mystère de son art. Sur la porte du cabaret où il jouait après la guerre, on pouvait lire : « Tous les pianistes n’ont que dix doigts, ici se produit le pianiste aux 50 doigts ! » Il en est de même pour la leçon de piano de Pascal Amoyel. Aussi une leçon de vie puisque ce spectacle en est rempli.

«Le Pianiste aux 50 doigts», au Théâtre Montparnasse (Paris 14e). Tél. : 01 43 22 77 74. www.theatremontparnasse.com

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