Projet Polytechnique | Elles étaient 14…

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Depuis cinq ans, Jean-Marc Dalphond et Marie-Joanne Boucher se penchent sur le choc du féminicide de Polytechnique pour en mesurer les conséquences encore aujourd’hui. Après avoir créé un laboratoire et une émission balado, ils présenteront le fruit de leur travail dans un spectacle de théâtre documentaire au TNM, puis en tournée au Québec.



Si vous aviez l’âge de raison le 6 décembre 1989, vous vous souvenez sans doute où vous étiez lorsque la nouvelle de la tuerie à l’École polytechnique est sortie. « Le féminicide de masse commis par Marc Lépine est un peu notre 11 septembre 2001 », illustre celle qui travaille sur ce projet depuis cinq ans avec Jean-Marc Dalphond. Ce dernier a vécu le drame de près : sa cousine Anne-Marie Edward est l’une des 14 victimes de Marc Lépine.

Le 6 décembre 2018, comme à chaque anniversaire de la tuerie, le comédien a publié sur Twitter le nom des 14 victimes. Une publication toute simple qui a provoqué un déferlement de commentaires haineux. Après un échange, Marie-Joanne Boucher le convainc de créer ensemble une pièce de théâtre documentaire pour comprendre ce qui s’est passé.

Dans ma tête, ces femmes-là étaient toutes des intouchables. J’ai réalisé que je vivais dans un cocon. J’ai commencé à faire des recherches et j’ai déchanté vite. J’ai vu des sites au contenu odieux ; dont un blogue “À la gloire de Marc Lépine, le Prophète” !

Jean-Marc Dalphond

« Pourquoi, 34 ans après ce carnage, les armes d’assaut ne sont-elles encore pas contrôlées ? Pourquoi la haine des femmes, tant en paroles qu’en actes, s’affirme-t-elle encore plus en 2023 ? Pourquoi le Canada est l’un des deux pays au monde (avec la Suède) où le mouvement incel (célibataire involontaire) trouve le plus d’adhérents ? » Voilà quelques-unes des questions abordées par le spectacle Projet Polytechnique, mis en scène par Marie-Josée Bastien et produit par Porte Parole. Les cofondateurs de la compagnie, Annabel Soutar et Alex Ivanovici, collaborent aussi à la dramaturgie.


PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

Jean-Marc Dalphond : « Je fais ce spectacle pour m’assurer que ma cousine n’est pas morte pour rien. Si ça apporte un baume à ma blessure, tant mieux, mais ce n’est pas la raison pour laquelle j’ai créé cette pièce avec Marie-Joanne. »

Le premier incel

Sur scène, la production va recréer l’enchaînement des rencontres qui ont jalonné leur enquête, en mêlant les témoignages violents aux réactions sensibles qu’a provoqués ce terrible évènement. On entendra la parole de Léa Clermont‑Dion, comme celle des incels, et aussi les propos de l’ex-chef de police Jacques Duchesneau, Guy Morin, un porte-parole du lobby des armes, Nathalie Provost, blessée lors de la tragédie, la journaliste Francine Pelletier et un masculiniste suivi en ligne par plusieurs adeptes pour qui les féministes sont des cibles et le tueur, un héros…

« Marc Lépine est le premier incel », soutient Dalphond, après avoir plongé dans ce mouvement radical plus important qu’on aimerait le croire. « On parle de millions d’hommes sur la planète, dit-il. Et les deux centres des incels dans le monde, selon certains chercheurs, c’est le Canada et la Suède ; parce que ce sont des pays où les égalités sont plus imbriquées dans le tissu social. »


PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

Marie-Joanne Boucher : « Je ne savais pas que j’étais une féministe militante, avant de faire ce spectacle. »

C’est exponentiel avec la polarisation des débats ; il y a une armée de Marc Lépine en ce moment dans le monde. Le mouvement masculiniste se nourrit maintenant des réseaux sociaux et de la désinformation sur le web. Ils sont plus organisés aujourd’hui qu’en 1989.

Marie-Joanne Boucher 

« Il aurait fallu se réveiller dès le lendemain du féminicide. En débattre tout de suite pour faire face aux conséquences de ce massacre dans la société, estime Marie-Joanne Boucher. Au lieu de cela, on s’est déresponsabilisé. Le mot féminicide est apparu en 2019, 30 ans après le massacre de Polytechnique… »

« On espère que le spectacle va durer quelques années et va éveiller les consciences du public, jeune et moins jeune. Il faut agir tout le monde ensemble. On est soudés les uns aux autres. La solution est collective. Elle se trouve dans la force de la communauté », dit Dalphond.

« Ces femmes-là ne sont pas mortes pour rien », concluent les deux auteurs et acteurs.

À l’affiche du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) à Montréal, du 14 novembre au 13 décembre. En tournée au Québec, jusqu’en avril 2024.

Les créateurs du Projet Polytechnique vous invitent à faire part de vos souvenirs et réflexions en lien avec le féminicide du 6 décembre 1989 à Polytechnique Montréal.



Content Source: www.lapresse.ca

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