Critique de Tremblements | Comme un long cri

Share

Il y a des expériences dont on ne sort pas indemne. Et des pièces de théâtre qui nous marquent durablement. C’est le cas avec Tremblements, une pièce qui aborde de front la dure réalité des travailleurs humanitaires.



Sitôt franchie la porte de la salle de l’Espace Go, on comprend que la soirée va se passer sous le signe de l’intensité. Vêtue de sous-vêtements, le corps secoué d’irrépressibles spasmes, Debbie Lynch-White s’expose avec beaucoup de vulnérabilité aux regards des spectateurs qui entrent. Roulée en boule sur une plateforme qui n’en finit pas de tourner, l’interprète semble sur le point de craquer avant même qu’une seule réplique n’ait franchi ses lèvres.

Et lorsque les mots commenceront à déferler, il sera impossible de les arrêter.

En effet, pour le premier solo de sa carrière théâtrale, Debbie Lynch-White doit composer avec une partition fiévreuse, comme un grand cri de désespoir et de rage lancé à la face du monde.

Elle incarne ici Marie, une infirmière montréalaise de retour de deux missions humanitaires, dont l’une en République centrafricaine. Changée à jamais par ce qu’elle a vu et ce qu’elle a vécu, elle s’interroge à voix haute.


PHOTO YANICK MACDONALD, FOURNIE PAR ESPACE GO

Debbie Lynch-White livre une performance fiévreuse et bouleversante dans Tremblements.

Qu’est-elle allée chercher au cœur de l’enfer ? Qu’a-t-elle sacrifié pour son désir de guérir le monde de ses maux ? A-t-elle véritablement aidé qui que ce soit ou est-ce que ses actions n’auront été que des coups d’épée dans l’eau ?

Son questionnement est d’autant plus pénible qu’elle a perdu l’un des seuls interlocuteurs capables de comprendre le traumatisme qu’elle a vécu. Cet ami n’est plus et Marie dérive comme une bouteille lancée à la mer.

Le texte, écrit par le Torontois Christopher Morris, est inspiré des expériences d’une infirmière montréalaise du nom de Liza et de ses missions humanitaires au sein de Médecins sans frontières. Impossible de taxer le dramaturge d’exagération. On sent que le cri du cœur de Marie s’ancre dans la vérité. Ce personnage parfaitement imparfait, avec ses excès de tous genres, ses incohérences et ses questions sans réponse, est d’un réalisme bouleversant.

Un texte bouillonnant

À la mise en scène, Édith Patenaude a choisi une approche épurée, où le seul élément scénique reste cette plateforme ronde et noire qui tourne du début à la fin du spectacle dans un mouvement hypnotisant.

Comme si rendre ce texte cru et bouillonnant ne suffisait pas, Debbie Lynch-White doit faire un avec ce cruel plateau tournant, qui l’oblige à marcher sans cesse et ne lui permet que bien peu de repos.

Le personnage tourne en rond dans cette cage sans barreaux comme ses idées tournent en rond dans sa tête troublée. Pour l’actrice, l’essoufflement est physique et mental.

Pas de doute, on est ici dans la performance pure, dans le dépassement de soi. Au point où on se demande comment Debbie Lynch-White pourra tenir cette charge émotive jusqu’à la fin des représentations.

Pour le public, ce déversement d’émotions est aussi lourd à porter. Si bien que quand les lumières s’éteignent, les spectateurs cherchent leur souffle avant de repartir, ébranlés.

Tremblements

Tremblements

Texte de Christopher Morris, mise en scène d’Édith Patenaude. Avec Debbie Lynch-White.

Espace Go, Du 14 novembre au 2 décembre

8/10



Content Source: www.lapresse.ca

En savoir plus

Nouvelles récentes