Critique | N’essuie jamais de larmes sans gants : requiem pour les vivants

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Après sa création au Trident, N’essuie jamais de larmes sans gants est à l’affiche chez Duceppe. Un (long) spectacle drôle et touchant, entre requiem et célébrations.


Adaptation d’un roman à succès qui raconte l’évolution du sida dans les années 80 et 90, parmi un groupe de jeunes amis homosexuels de Stockholm, N’essuie jamais de larmes sans gants est une œuvre de mémoire et un outil pédagogique. La pièce, comme le livre (adapté en minisérie en Suède), nous rappelle qu’il est encore important de revenir sur cette épidémie et ses ravages auprès de la communauté homosexuelle et de ses proches.

Alexandre Fecteau signe une mise en scène inventive et exigeante pour les comédiens. Les larmes du titre sont visibles avec des averses d’eau sur la scène. Les acteurs, parfois complètement trempés, déplacent souvent des éléments du décor. Une belle scénographie formée de blocs gris foncé, représentant les stèles en hommage aux disparus. À l’arrière-scène, un quatuor de musiciens, piano et cordes, sous la direction d’Anne-Marie Bernard, appuie l’histoire avec une trame musicale inspirée d’un concerto de Mendelssohn. Ce qui donne une note solennelle à ce drame qui tourne à l’hécatombe.

Imposante distribution

Le spectacle, qui dure trois heures et demie, n’est pas sans longueurs. Certes, il faut prendre le temps de bien installer les personnages. Toutefois, le recours constant à un narrateur qui met en contexte l’épidémie et la lutte des droits LGBTQ+ (les émeutes de Stonewall, l’assassinat d’Harvey Milk) alourdit un récit déjà très touffu.

Dans une distribution de 12 acteurs, le comédien Maxime Robin est brillant. Et hilarant ! Il interprète Paul, la « grande folle rassembleuse », doublée d’une « mère poule pour les gais égarés ». Un personnage à la fois dandy et vulgaire, outrageant et touchant. Tel un croisement entre la duchesse de Langeais et Oscar Wilde.

  • Maxime Robin livre une grande performance dans le rôle de Paul.

    PHOTO STÉPHANE BOURGEOIS, FOURNIE PAR DUCEPPE

    Maxime Robin livre une grande performance dans le rôle de Paul.

  • N’essuie jamais de larmes sans gants est une production du Trident et est reprise chez Duceppe.

    PHOTO STÉPHANE BOURGEOIS, FOURNIE PAR DUCEPPE

    N’essuie jamais de larmes sans gants est une production du Trident et est reprise chez Duceppe.

  • La production a une imposante distribution de 12 acteurs et 4 musiciens.

    PHOTO STÉPHANE BOURGEOIS, FOURNIE PAR DUCEPPE

    La production a une imposante distribution de 12 acteurs et 4 musiciens.

1/3

Olivier Arteau excelle aussi dans le rôle de Rasmus, un jeune militant qui a fui son village à 18 ans pour vivre son homosexualité à Stockholm ; et être lui-même dans sa nouvelle famille choisie. Son amoureux Benjamin, en éternel conflit avec ses parents témoins de Jéhovah, est campé avec beaucoup de sensibilité par Maxime Beauregard-Martin. Hugues Frenette, dans le rôle du père de Rasmus, un homme bon, mais dépassé par l’orientation sexuelle de son fils, livre une performance remarquable. Sa réaction face à la maladie de son fils, et le moment à l’hôpital, où il interdit à Benjamin d’assister aux funérailles de Rasmus, sont des scènes troublantes.

Une rencontre avec l’auteur du roman, Jonas Gardell, aura lieu dans le foyer du théâtre Duceppe le 15 décembre à 17 h. Animée par Thomas Leblanc, elle se tiendra en français et en anglais. Elle sera précédée d’une séance de dédicaces à 15 h.

Avertissement : Le spectacle s’adresse à un public averti de 16 ans et plus.

N’essuie jamais de larmes sans gants

N’essuie jamais de larmes sans gants

Adaptation de Véronique Côté.
Mise en scène d’Alexandre Fecteau

3 h 30 avec entracte.

Chez Duceppe, Jusqu’au 17 décembre

7/10



Content Source: www.lapresse.ca

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