Théâtre: Wendy et Peter Pan ont grandi trop vite

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Il faut oublier le film d’animation plus qu’enjolivé des studios de Walt Disney (1953) pour pouvoir entrer dans ce spectacle uniquement joué par des adultes. Simon Gosselin

CRITIQUE – Jean-Christophe Hembert transpose sur scène le célèbre roman de James Matthew Barrie en appuyant sur sa noirceur. Une version proche de l’histoire originale.

On dirait la famille Adams qui pose pour une photo à la fin du XIXe siècle. Grimés et en costume, les comédiens se figent une seconde, puis prennent la parole pour présenter le ou les rôles qu’ils vont jouer devant le public. Wendy (Judith Henry) en queue-de-cheval et tailleur-pantalon. Son frère John (Loïc Varraut) a les cheveux gris, un gilet et des lunettes de vue. Leurs parents, Madame Darling (Agathe L’Huillier) et Monsieur Darling (Bruno Bayeux). Peter Pan est là, bien sûr, mais ventru sous une veste verte scintillante (Eddy Letexier). Quant au Capitaine Crochet (Bruno Bayeux méconnaissable), qui a perdu un bras à cause de lui, il entend bien se venger.

«Croire en ce qui a disparu»

Après Fracasse, d’après Théophile Gautier en 2020, Jean-Christophe Hembert a lu et relu Peter Pan et Wendy, le roman de James Matthew Barrie publié en 1911, pour le transposer au théâtre dans l’esprit de l’auteur. L’ancien assistant de Roger Planchon, par ailleurs remarqué dans la série Kaamelott, a également étudié à la loupe la pièce que l’écrivain écossais a écrite avant le livre, en 1904. Le metteur en scène évoque Peter Pan, le garçon qui refuse de grandir, donc, mais comme l’indique le titre de son spectacle, Wendy et Peter Pan, il a préféré s’attacher aux pas de l’héroïne, qui, elle, est devenue maman d’une fillette et n’a pas perdu son âme d’enfant. « C’est sacré de croire en ce qui a disparu », rappelle-t-elle.

Il faut oublier le film d’animation plus qu’enjolivé des studios de Walt Disney (1953) pour pouvoir entrer dans ce spectacle uniquement joué par des adultes. Les membres de la famille bien mal nommée « Darling » ferait le bonheur de Françoise Dolto et de Freud. Dans la mise en scène de Jean-Christophe Hembert, le père calcule qu’ils ont juste assez d’argent pour garder Wendy et la mère donne des baisers au compte-gouttes. Exit la fée Clochette et ses pouvoirs magiques. Sa remplaçante alcoolique, Tinker Bell (son nom originel), l’a supprimée et son insulte favorite est « Tête de cul ». Enfin, Peter Pan est plutôt en second plan et préfère que les Enfants perdus ne grandissent pas.

« Et vous, vous croyez encore aux fées ? », demande toutefois l’un des personnages au public. Plusieurs « oui » fusent, dont ceux des plus jeunes, qui semblent apprécier l’histoire malgré les jeux d’ombres, les lumières rouges et les musiques angoissantes. James Matthew Barrie s’était lui-même perdu dans les méandres de son imagination. Il avait des choses à régler. Il a à peine 7 ans quand son jeune frère, le préféré de sa mère, meurt dans un accident de patins à glace. Surnommé Jimmy, le dramaturge a longtemps refusé de devenir un adulte indépendant.

Jean-Christophe Hembert confie que lui aussi s’est égaré dans « Neverland », le pays de jamais. Selon lui, « l’œuvre comme le personnage (de Peter Pan) sont insaisissables ». Pour profiter de son adaptation, on doit à notre tour accepter de se perdre, jouer à faire semblant d’être grand.

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